09/06/2006

Prologue

Un beau jour d'hiver, il y a quelques années, je suis né. Je fus contemplé, admiré, touché, embrassé,  re-embrassé, vanté, câliné.... Les fées n'ont pas eu à pointer le bout de leur nez, tout était en place, entier et ordonné.

Mes parents furent enchantés.

Mais ici s'arrête le conte de fées, car quant fut annoncé que garçon j'étais né, un seul désir montât parmi les augustes invités (mes mémés, mes pépés, mes tatas et tontons...), même la voisinée de notre maisonnée voulu voir cet autre  sur moi greffé : MON ZIZI.

A vous tous bébés (et non pas bébées) si fraîchement nés, ne savez-vous  donc point que vous n'êtes pas le vrai objet convoité... que nenni. C'est l'autre, ce bout de peau fripé que l'on vient admirer, contempler, comparer afin de s'assurer que la descendance sera renouvelée, par cet outil si vite jugé.

Or il se trouva que le mien de ZiZi fut apprécié, photographié de tous cotés et montré à la volée, même sur les marchés par mes deux mémés (qui avaient toujours dans leurs sacs et cabas "un pola" du joli bébé, jambes écartées, l'oiseau en liberté).

Ainsi naquit mon ZiZi qui fut aimé dés qu'il parut, fripé, joufflu... pan pan cul-cul!

Aujourd'hui trentenaire assuré, cet oiseau a changé, et surtout su s'imposer dans mon existence et me placer dans des situations mémorables, que je vais ici conter.

Commence ainsi le récit de cette amitié étrange et imposée, avec ce résident souvent récalcitrant parfois fainéant parfois sautant... souvent gênant !

Les  aventures de Mon Zizi & Moi!

Voir le 1er épisode: "LE MAUDIT" en bas de page.

11- Le Mariage de Laura

medium_dentsok.jpgLaura, c’est le genre de fille qu’on n’oublie pas! Primo par ce que son genre à elle c’est d’en avoir plusieurs  à la fois, de genre!

Un jour femme enfant, l’autre aventurière ou Versaillaise des beaux jours, c’est un peu une poupée Barbie en plus grand, en aussi blond mais en moins conne tout de même! Secundo parce que Laura elle sourit tout le temps, et rien que ça  c'est unique.

Tu arrives en retard à un rendez-vous avec Laura, pas grave elle t’éblouie de ses blanches quenottes...

Tu lâches une bouteille de vin sur l’immaculée moquette si profonde du salon de Laura, pas grave en relevant tes yeux tout penaud, tu reçois en pleine figure un « schling » d’éblouissement buccale...

Tu lui annonces au téléphone que tu ne pourras pas être présent le jour de son mariage, alors qu’elle te demande d’être son témoin, mais des obligations professionnelles t’en empêche cruellement, no soucy tu entends même  à travers le combiné téléphonqiue le mouvement de ses lèvres qui s’écartent et le sourire qui commence à pointer. Sauf que là tu te sens vraiment mal et que dans la demie heure qui suit Laura chez toi débarque en larmes...

Laura et moi on se connaît depuis nos 14 ans. Aussi maladroits l’un que l’autre, on s’est tout de suite appréciés. Deux pantins lunaires qui se comprennent sans se parler et qui partagent une rêverie que peu comprennent. Je l’ai toujours trouvé très chouette Laura. Evidemment tous mes copains et surtout ceux des classes supérieures bavaient en la regardant traverser la cour du lycée. C’est pas qu’elle est canon, c’est qu’elle est elle-même. Faut dire que il y a quand même une bonne base : blonde, athlétique, des yeux bleus azurs et une dentition, que dis-je une parfaite dentition... qui vous hypnotisait d’un flash puissant dés le premier sourire.

On n’a jamais rien fait elle et moi, même pas un bisou, rien de rien. Faut dire qu’avec ma timidité et mon esprit toujours en voyage je n’étais pas vraiment porté sur la chose, pourtant j’avais conscience de sa capacité de séduction... mais à part les bisous du matin devant le collège puis le lycéeé, ou quand on  allait chez l’un, chez l’autre, rien de rien.

Après le Bac, on s’est perdu de vue, tout en ayant de informations sur nos devenirs par nos parents respectifs, puis plus rien et enfin il y a 6 mois je reçois un coup de fil.

" Ca va, Toi ?"

" Hey... incroyable... je pensais  à toi hier !"

C’est vrai ça ?"

" Promis ! Suis super content de t’entendre... alors t’es de retour chez nous ?"

" Ben oui !"

" Cool... et on se voit avant que tu re-disparaisse j’espère."

" Cette fois je reste ! Je me marie dans 6 mois..."

" Hein ?"

" Et..."

" Et... t’es enceinte ?"

" Non, mais toi..."

" Moi ? Je crois pas !"

" Toi...  tu es mon témoin."

" Ben Oui j’accepte ! Mais t’es ou là ?"

" Devant chez toi !"

" T’es bête, sonne... escalier à droite, 4ème droite."

" Je sais, suis devant  ta porte !"

" Ca sent ma mère ça ! Ben frappe, bécasse !"

Toc, toc !

C’est un réel plaisir de se revoir, après une période de presque 3 ans. On se raconte tout, on a vécu des trucs forts tous les deux, elle compati à mon chagrin suite au  départ de Daddy qu’elle connaissait bien, de mon coté je suis sur le cul de découvrir qu’elle a fait un mariage éclair de 8 jours avec un  polynésien un brin colérique et puissamment jaloux...

Le livreur de pizza vient juste de repartir qu’elle me parle de ce mariage, le second donc, avec un dénommé Mathieu, jeune avocat, beau gosse, sportif, non fumeur et semble-t-il fidèle.

" Waouh ! Le gros lot quoi ?"

" Euh oui...."

" T’as pas l’air convaincue ?"

" Si si... et j’ai vraiment envie d’avoir des enfants avec lui !"

" Ben tu vois... je suis ravi pour vous deux !"

Je sors une bouteille de champagne, que je gardais pour un événement spécial, et 2 minutes plus tard, ont trinque au Bonheur, à l’Amour, aux Enfants... et au Sexe ajoute-t-elle au même instant où me saute en pleine figure l’éclat somptueux de la blancheur abyssale de son sourire.

Dans les  deux semaines qui suivent, elle me présente son Mathieu, puis je sors 3 fois avec eux...

C’est vrai qu’elle a gagné un super lot. Beau mec, sympa, éclaboussant de bonne santé, cultivé... dans la catégorie Prince Charmant on frôle la première place.

Les mois ont passé, et voila que je dois partir en Amérique du Sud pour 3 semaines, que je n’ai pas la possibilité de refuser et que donc je ne pourrais tenir mon rôle de témoin au mariage de Laura, qui se déroule dans moins de 20 jours.

La mort dans l’âme, je repose le combiné, et comme prévu une heure plus tard Laura est chez moi.

Pour la première fois, plus de sourire éblouissant, une mine déconfite...

" Je... je sais pas quoi dire..."

" ..."

" J’ai tout essayé, mais on ne peut pas changer le planning de plus de 45 personnes juste à cause de moi ! Je vais encore tenter un truc, voir si je peux faitre un aller retour à mes frais.. sait-on jamais."

Laura s’effondre en larmes.

" Promis je serais là.... allez c’est fini pleure plus. Je serais là !"

" C’est pas  ça ! Enfin si, enfin non... Je te veux toi comme témoin, mais je suis mal à cause d’autre chose."

" Qui est ?"

" ... difficile à dire..."

" ..."

" Oui même a toi, qui est comme mon frère... Je.. c’est  àpropos de Mathieu... Il.."

" Il veut plus se marier ?"

" Si si... Il..."

" Il t’a trompé..."

" Non, non... Il..."

" Il a en a une toute petite ?"

" Bingo !"

" Pardon ??!!! Je déconnais là !"

" Moi... pas!"

" ???..."

" !!!..."

" C’est un mec génial, il a tout, tout, TOUT !  Je suis comblée de partout sauf de ce coté là ! Voila tu sais tout.

" Mais c’est pas la taille qui compte, c’et le genre d’homme qu’il est... gentil, attentionné, fidèle.

Elle me montre son petit doigt et le dresse.

" En pleine action !"

" Ah !"

" Ben oui justement... Ah !"

" Tu veux un verre ?"

" Un whisky, si tu as..."

" Oui..."

" Un double alors..."

Me dirigeant vers la cuisine, j’en profite pour mettre un CD, histoire de détendre l’atmosphère, si je puis dire.

On a parlé de ce sujet délicat pendant  plus de deux heures. Au passage j’ai découvert quelques vérités toutes féminines... très instructif ! Mais je sentais que Laura avait quelque chose d’autre  à me dire.

Au troisième whisky, double, elle me demande.

" Et toi le tien, il est comment ?"

" Le mien de quoi ?"

" De sexe ?"

" Euh... ben..."

Allez, on se connaît, tu peux bien me dire... ça me fera un élément de comparaison, ça me rassurera, j’en suis sûr.

" Ben... euh... normal... tout normal tu sais..."

" Ah bon ?"

" Ben tu sais, on fait avec ce qu’on a !"

" Pourtant, des bruits couraient sur toi au lycée..."

" Tu sais les bruits..."

" Hmmmm... Tu pourrais me rendre une faveur ? Dis oui d’abord !"

" Ca dépend de ta faveur..."

" Tu vas pas me demander de te le montrer quand même ?"

Elle explose de rire, l’alcool aidant... elle est prise d’une crise de fou rire mémorable. Moi je suis là stupéfait.... c’est pas vrai il va falloir que je trouve une excuse d’enfer  pour éviter de sortir le monstre qui vit avec moi et aussi  sans doute la voir réaliser que la nature n’est pas égale avec tous dans la répartitions de ses richesses.

Quand on a retrouvé nos esprits, Laura reprend.

" Tu pourrais comment dire... aller au tennis avec Mathieu et après sous la douche tu vérifie la taille de tu sais quoi, et je pense que lui en voyant que toit t’es normal... il sera pas gêné et sera plus confiant avec...  lui-même."

" Je ne coirs pas que ce soit un si bonne idée..."

" T'as peur d’être nu avec un autre homme."

" Ben c’est de la gêne quand même..."

" Bah, c’est rien ça..."

" Je sais pas jouer au tennis de toutes les façons !"

" Mais ça on s’en fiche !  Mathieu vit mal sa taille et moi je suis de plus en plus frustrée, il faut qu’on nous aide, il faut qu’il ait confiance en lui... Je t’en prie fait quelque chose..."

" Mais, je crois pas être la bonne personne pour ça."

" Excuse-moi... je voulais pas t’embarrasser me dit-elle avant de s’effondrer en larmes à nouveau."

La semaine suivante, je suis sur un cours de Tennis où j’essaye comme je peux de frapper dans des balles que je ne vois jamais.

" Laura m’a dit que tu n’as pas jouer depuis plus de 10 ans, mais qu’au lycée t’étais une bête au tennis, un puissant coup droit parait-il ?"

" Euh... c’était  y  a longtemps tu sais..."

" Bah, c’est comme le vélo..."

" Ou le sexe ?"  (ce que je peux être con parfois! grrrr!!!!)

" Le sexe ? Pourquoi pas... aussi... c’est vrai... a mon tour de servir."

Après 1 heure 30 et une partie qui n’a jamais commencé pour la simple raison que nos échanges n’ont pas dépassé deux aller retour grâce à mon inoubliable coup droit, je me retrouve trempé alors que  mon adversaire lui, faute d’avoir  du courir, est plus sec que sec. Il me regarde avec circonspection et doit se dire en son fort intérieur que oui on peut tout oublier dans la vie... se demande-t-il si il en va de même après une longue période de non-activité sexuelle à deux ? Mystère !

Retournés au vestiaire, e feinte comme je peux afin de ne pas apparaître entièrement dénudé devant Mathieu, lui fait de même pour une raison à la fois toute semblable et diamétralement opposée cependant.

Serviettes autour de la taille, nous sommes dans la salle commune des douches. Je manipule la mienne avec dextérité (des années de pratique à mon actif) et réussi a me retrouver dans un angle face au mur... où rien n’est visible.

Jetant au coup d’œil vers Mathieu, je le vois dans l’autre angle dans une position toute semblable. Je ris à l’intérieur, je sais qu’on a vécu les mêmes situations, trouvé les mêmes astuces, la seule différence et que moi je connais son handicap et pas lui le mien.

En 3 minutes je suis tout propre, je me retourne à nouveau, Mathieu m’a battu, il est déjà retourné s’habiller. Je le comprends et j’aurais fait sans doute pareil, c’était d’ailleurs mon intention, il est allé plus vite que moi c’est tout.

L’eau s’arrête de couler, je décide d’attendre un peu, pour lui laisser de l’avance et espère qu’il sera déjà parti vers l’accueil, afin que je puisse m’habiller en paix.

Après 5 bonnes minutes, la minuterie qui règle la lumière des vestiaires e de douches s’arrêtent à son tour. J’attends encore un peu. Faut mieux être sûr que je suis seul. La lumière ne revient pas. Je suis donc seul. Il doit m’attendre là haut.

Je me détend, et commence a me sécher les cheveux tout en avançant vers mon banc près de mes affaires. Pénétrant dans le vestiaire je vais pour tourner le minuteur quand la clareté articificielle réapparaît. Quelqu’un a été plus rapide que moi.

A ce moment là, se tient devant moi, en face de moi plus exactement, de l’autre coté de la pièce, un Mathieu qui se frotte aussi la tête,  (décidemment !) et qui a dû opter pour la même tactique que moi, à part qu’il a préféré se cacher dans les toilettes pour être certain qu’il serait seul.

C’est vraiment un beau mec, un corps de statue romaine.... pas comme le mien tout mal fichu avec mon petit bidon et mes mollets de coq !  Un canon, une bombe, le type mannequin latino super bien gaulé... Que doit-il penser de moi ?

Mais a-t-il le temps de penser à moi, nos regards respectifs viennent de jauger nos attributs, une gêne monumentale m’envahit....  je n’aurais cru qu’un kiki pouvait être si rikiki ! Pas si cool que ça Mère Nature tout de même.

Quand on s’est au revoir quelques minutes plus tard dehors, la gêne réciproque que nous ressentions n’avait pas disparue, bien au contraire. Mathieu semblait au 36ème dessous, pire que moi en fait.

Encore une fois, malgré son écrasante victoire à cette étrange partie de Tennis, le vrai vainqueur ce n’était pas lui, en tout cas c’est comme ça qu’il devait ressentir les choses, me semblait-il.

Quand Laura m’a appelé dans la semaine qui suivait, je me suis senti soulagé. Mathieu n’avait rien dit, elle n’aborda même pas le sujet. Elle m’annonça simplement qu’elle avait rompu,  quand celui-ci lui avait avoué qu’il avait deux maîtresses régulières et que ceci expliquait sa grande fatigue et son incapacité à être en forme avec elle.

Je crois qu’elle fut soulagée de l’apprendre, en vérité.

De mon coté je n’ai jamais cru à cette version. Je pense honnêtement qu’il  l’aimait beaucoup ma Laura et qu’aucune maîtresse n’existait.

Il était tout simplement incapable de surmonter  moralement ce handicap socialement inacepté, tout comme quelqu’un qui m'est familier.

10/11/2005

10- A demain...

Quand on annoncé à Daddy qu’il ne lui restait pas 1 an à vire, il est revenu tout gai à la maison.

Lui d’humeur assez calme en général, plutôt spectateur des scènes de nos vies, il a voulu faire beaucoup de choses inhabituelles, et aussi beaucoup parler. Bref c’était plus Daddy.

Faut-il le signaler, il ne nous avait rien dit Daddy.

Pas folle Maman avait compris que de son rendez-vous à l’hôpital, il n’avait pas tout dit.

Elle n’a rien dit non plus, rien demandé, mais je crois qu’elle avait compris que c’était grave.

On était au printemps 2001.

Quelques semaines plus tard, alors qu'on fêtait l’anniversaire de Daddy et que sa mère était partie avec ses copines faire le tour des caves de Champagne, il a soufflé ses bougies et a dit :

« C’est mon dernier Anniversaire, je le sais. Dans un an je ne serais plus là. J’ai un Cancer. On ne peut rien faire.  D’ici  quelques jours je dois rentrer à l’hôpital. Je ne souhaite pas y aller, mais je refuse que vous me voyiez dépérir à la maison. Je vous aime. Vous me manquerez. »

Puis il a  commencé à couper le gâteau au chocolat qu’avait fait Maman.

Moi je tombais dans un puits sans fond, sans fin, sans rien, je tombais, je tombais...

Maman a dit :

« Joyeux Anniversaire mon Amour. On t’aime aussi. »

Ma mère était à ma droite, mon père à gauche.

Il mon regardé sans voir que je tombais toujours.

Et en chœur m’ont dit :

« La plus grosse part comme toujours mon chéri ? »

On a mangé nos parts. On les a plutôt regardées nos parts.

« Je me suis excusé pour aller faire pipi. »

Une fois enfermé dans les toilettes, je me suis mis à pleurer sans fin, dans le calme, sans bruits, mais sans fin.

Maman m’a dit de loin que le café était servi.

Je suis sorti des toilettes, je suis revenu m’asseoir, et j’ai pris ma tasse, que je voyais à peine et j’ai pleuré en silence.

En fait, on pleurait tous les 3 en silence. Y pas eu de scène, de drames, de cris, de pourquoi seigneur,  juste 3 fontaines sans fin qui coulaient en silence dans un salon d’une petite maison de France.

Combien d’autres gens au même moment ont eut à entendre l’horreur ? Parfois je me pose encore cette question.

L’ambulance est venue deux jours plus tard chercher Daddy. Moi je continuais à pleurer des larmes sèches, elles se voyaient pas, mais je jure qu’elles étaient bien là... et depuis 3 jours je continuais ma chute invisible  encore et encore...

Daddy a quitté son chez lui, il regardé la maison pour la dernière fois avant  que l’ambulance ne l’emmene.

Maman a dit :

« Soit gentil avec les infirmières mon Amour. J’arrive dans une petite heure le temps de préparer tes affaires ».

Elle lui a sourit et fait un baiser avec la main. Il l’a regardé cette femme qui l’aimait tant. Il a baissé les yeux. Il savait qu’il ne reviendrait  jamais, qu’il ne pourrait plus l’aimer de toute sa force, qu’il ne la verrait pas vieillir, qu il ne serait pas là pour la soutenir le jour de son enterrement. Il savait tout ça mon Daddy, et il se sentait lâche. Il a baissé les yeux.

L’ambulance est partie,  quand elle a tournée au coin de la rue, ma rivière c’est faite océan. Je me suis retourné vers  Maman aveuglé par ce déluge qui sortait de mes yeux.  Elle a fait un pas vers moi et  s’est effondrée. Dans mes bras. Et elle a crié comme une louve à qui on enlève son petit. Et moi je tombais encore plus vite.

....

On a rendu visite à Daddy tous les jours. Lui, il changeait tous les jours. Il fondait, sa graisse fondait, ses muscles fondaient, ses cheveux fondaient. Il ne s’est jamais plaint devant moi. Je venais parfois lui faire la lecture de livres de sa jeunesse. Il me fixait, me mangeait du regard, moi je baissais les yeux. Le lino de sa chambre n’avait plus de secrets pour moi, j’en connaissais les moindres reliefs, les moindres rayures.

C’est moi qui ai annoncé la nouvelle à la Maman de Daddy. Ca à été terrible, elle s’est accrochée à moi de toutes ses forces. Puis elle m’a dit :

« Il va retrouver ton grand-père avant moi. Pourquoi la vie est comme ça ? Mon Mari, puis mon unique fils. Il me reste plus que toi mon lapin. Plus que toi.»

Il y eut des hauts et des bas, les chimios ne servaient pas à grand-chose. Le nénuphar prenait racines dans les poumons de Daddy, puis le cerveau de Daddy... Il mangeait mon Daddy, comme une menthe religieuse àprès l'amour, avec lenteur et délectation.

A l’automne de cette année là il  subitement perdu énormément de poids. Daddy n’était plus Daddy, mais un autre. Plus je le regardais et moins je le voyais.

Ou était passé ce gars de 1m 85, de 90 kilos, tout en muscles, aux épaules solides, à la moustache merveilleuse.

Ou est mon Daddy ?

Il avait conscience de perdre aussi sa mémoire. Il redoutait ce moment là, ce moment où nous serions perdus face à lui. Alors que pour lui derrière ce cap se cachaient des abîmes infinies. Il le passerait sans vraiment se rendre compte ce cap de merde;  alors que nous, nous en aurions conscience, trop conscience. Et ça il le savait déjà.

Ce vendredi, en début de soirée il m’a dit :

« Patrick, mon fils... d’ici quelques jours tu auras disparu de ma mémoire comme toute ma vie... toute. Je le sais. »

Moi j’étais debout face à la fenêtre. Les larmes encore plus grosses que d’habitude roulaient sur moi pour s’écraser fortement sur ce putain de lino. Je pouvais presque les entendre.

« Splash! »

« Je suis fier de toi Fiston. Je t’ai regardé grandir, comme on regarde un arbre croître. On ne voit rien et puis un jour, la petite pousse est devenue un jeune beau et grand chêne. Faudra être fort Patrick, pour ta mère surtout et pour moi. Car d’ici quelques temps quand mon esprit aura disparu, je veux que tu sois là comme j’aurais aimé l’être pour ta mère, et pour ma mère à moi. Faudra être courageux. Je sais que tu le seras. »

Des « Spalshs » par dizaines  résonnent à mes oreilles.

« J’ai eu une belle vie. J’ai été gâté. Il fallait bien que ça s’arrête.  Tu crois que Pâquerette sera là ? »

Je me suis retourné.

« Bien sûr. » 

« On dit que les animaux sont les premiers à nous accueillir. « 

« Elle sera là Papa. Elle sera là. Et grand-père aussi. »

« Et oui...  ... mon Papa à moi .  Je suis désolé fiston. »

« De quoi Papa ? »

« De ne pas être là aussi pour toi aussi . Je te demande pardon. »

« Putain arrête Papa ! Désolé de quoi ! C’est moi qui suis désolé... je sais pas si je vais être à la hauteur. J’ai trop mal dedans. Trop. C’est inhumain cette douleur. Et toute cette eau qui sort de mes yeux tout le temps. Putain Papa. Dis pas que t’es désolé. »

« Je sais que tu tiendras le coup. »

....

On a beaucoup  parlé. Maman est arrivée, elle m’ a passé les mains dans les cheveux.

Je suis allé prendre un café, un long moment.

Je voulais leur laisser leurs Adieux, rien qu à eux.

...

Quand je suis revenu dans la chambre, Maman s’était fait une place sur le lit auprès de son mari tout mince. Elle avait une main sur sa tête, et de l’autre lui entourait le torse.

J’ai fait le tour du lit.

Ils dormaient tous les deux. Je me suis penché vers Daddy.

« Je t’aime mon Papa chéri. Tu sais pas comment je t’Aime. Je serais fort. Je te le promets. A demain. »

Je suis rentré.

Je savais que Maman voulait passer la nuit avec lui.

Moi j’ai erré dans les rues, et pleuré, pleuré  ....pleuré.

A l’aube je me suis retrouvé dans la cuisine.

Le téléphone a sonné.

J’ai compris. J’ai décroché.

« Mon chéri. Il est tombé dans le coma cette nuit. Je reste ici toute la journée. Je t’aime. »

« Oui Maman. »

Je me suis réveillé sur le sol quelques heures plus tard.

...

Il n’a jamais repris connaissance.

Mes yeux n’ont jamais revu les yeux de mon Daddy.

Quelques mois plus tard, j’épaulais Maman et la maman de Daddy devant la dépouille de Papa à l’église.

Tous ces amis étaient là.

Ca a été terrible.

Ce jour là je suis devenu un homme. L’enfant que j’étais avait disparu.

Quitter ce cimetière, c’était reconnaître le départ de Daddy. Mais il a bien fallu passer la grille. Il a bien fallu remercier tout le monde. Il a bien fallu faire face. Il a bien fallu...

...

Et malgré  cette force que je me devais de trouver.... 

                  ...tout au fond de moi, dans un invisible silence ...   

                                                           ...je tombais, encore et encore...

                                                                                                        Encore....      

                                                                                                                   Et encore....   

                                                                                                                                  Sans fin.

27/10/2005

9- Pépé Alfred

Difficile de raconter cet épisode là.

Difficile car je n’ai pas vécu cette aventure, que je ne fais que rapporter ici ce qui m’a été racontée très tardivement. Difficile aussi car elle touche mon Pépé Alfred... et ses derniers instants sur cette Terre.

Pépé Alfred, c’est le mari de la Maman de Daddy.

Pépé Alfred, je ne m’en souviens pas, car il nous a quitté l’année de mes 5 ans. Plus tragiquement que je ne le croyais, puisque Maman a lâché le morceau quand la Maman de Daddy s’est retrouvée aux urgences le jour de Noël 2000 (voir « le Nem de Noël » - 4ème partie).

On m’a toujours dit qu’il m’adorait, et que souvent il m’emmenait faire des petites ballades. Lui qui aimait beaucoup la solitude, le calme, et la réflexion il s'était trouvé un nouveau compagnon: son petit fils!

C’est vers lui que j’ai fait mes premiers pas, vous imaginez ! C’est aussi à lui que j’ai dit mes premiers mots « Pépé ».... Faut dire qu’à l’époque mes parents étaient super occupés, que ma Mémé travaillait encore. Lui était à la retraite et il me gardait. Mon Pépé c’était ma nounou... Il était le roi du changement de couche en moins de 1 minute top chrono, d’après ce que me dit Maman. Il me plaçait souvent dans un panier en osier posé sur le guidon de son vélo, et hop on partait en virée, tous les deux. Il paraît que moi ça me faisait faire des gazouillis pendant des heures !

C’est sur, que quand il nous a quitté, Mémé a pris le relais, et je suis devenu à mon tour un demi-Dieu à ses yeux.

C’est son mari qu’elle voyait à travers moi, elle se faisait toujours un sang d’encre monstre pour moi, et découpait les faits divers les plus sordides sur les enlèvements d’enfants, les enfants abandonnés, les enfants disparus... pour me les lire tous les dimanches. Un bonheur!

Voilà à peu près les infos que j’avais sur mon Pépé... jusqu’au jour au Maman m’a tout dit. On était au restaurant, Papa était resté à la maison pour bricoler la chasse d ‘eau. On venait de finir le dessert, mes profiteroles avaient été magnifiques, quand Maman s’est lancée.

« Tu sais mon Chéri, ça n’a pas été drôle pour la Maman de Daddy en Afrique quand le drame a eut lieu ».

Je me suis tu, j’ai compris que le moment était venu de tout savoir. Je sais pas pourquoi mais enfin Maman se décidait à me dire la vérité sur ce drame, je préférais me taire pour qu’elle se lance.

« Alfred, ton grand-père était un être humain exceptionnel. Il adorait sa femme, son fils et bien sûr toi. J’avais une excellente relation avec lui. Pour tout te dire, c’est lui a qui arrangé notre rencontre à ton père et moi. C’est fou quand on y pense. Il pouvait avoir de sacrées colères parfois qui lui faisaient perdre tous ses moyens. Mais jamais envers les siens, c’est la vie en général, la façon dont ce monde tournait qui le faisait perdre ses moyens. Il a toujours été un peu en avance sur son époque ton Pépé. Il fut l'un des premiers à rejoindre le Maquis, puis après la guerre à souhaiter la réunion Européenne avec une Allemagne amie. Il a soutenu l’abolition de la peine de mort bien avant qu’elle ne soit acceptée ainsi que l’égalité entre hommes et femmes. Mai 68' il était pour,  bref dès qu il y avait du combat pour  le respect de la dignité Humaine dans l'air, il était pour.

J’ai su par exemple que pendant la guerre il était devenu très proche d’un résistant qui avait vu sa famille embarquée sous ses yeux. Cet homme qui avoua son amour pour d’autres hommes à ton grand-père, trouva en lui une écoute et un véritable ami. Malheureusement il fut capturé et déporté. Jamais ton grand-père ne le revit, et il n’en parlât que très tardivement, avec beaucoup d'émotion.

Je crois qu’au-delà de l’homme ton grand-père avait une réelle passion pour cette planète. Et... comment te dire, il traduisait cet amour, cet éloge à la Mère nourricière par la pratique du... ...naturisme."

Oui, fis-je.

"Il n’avait rien d’un obsédé porté sur la chose. Il défendait avec ardeur, le droit de communier avec la Nature. Etre nu seul ou avec des amis était pour un lui un vrai besoin. Il fit parti d’un des nouveaux mouvements qui se formèrent un peu partout après guerre. Au départ tous se retrouvaient dans des sortes de camps de Nature, et passaient des week-ends ensembles, à parler, faire du sport, bref à se sentir tout simplement Libres.

Comme au premier jour.

Quand il rencontré ta grand-mère il lui a dit ce besoin de nudité tout de suite. Mais elle était déjà subjuguée par tant de charisme, et l’a suivi dans cette passion.

Ton père a suivi le mouvement, et j’avoue que moi-même je me suis laissée séduire. A ta naissance, avec ton père nous avons ralenti ces séances de communion, après le départ de Pépé ce n’était plus pareil. Et nous n’avons jamais recommencé depuis."

"Euh... j’y suis allé moi petit ?"

"Oui... juste quelques fois en fait, à partir du moment où tu as su marcher. Ton Pépé adorait te faire découvrir les plantes, te montrer les abeilles... C’était très émouvant de vous voir tous les deux dans le plus simple appareil discuter de la nature... et... comment dire..."

« Tu veux un café Maman ? »

« Oui je crois que ça me ferait du bien. »

« Garçon, un café et une noisette s’il vous plaît. Ca va ? Tu vas me parler de choses intimes c’est ça ?

« Oui... comment te dire... ! »

« Il en avait un gros lui aussi ? »

Silence.

« ...Enorme... Comment tu sais ça toi? »

« Ben je sais pas, c’est un truc que je ressens comme ça... vu que depuis tout petit ça me poursuit, je me dis que ça doit bien venir de quelque part. »

« Tu m’étonneras toujours! Pour faire bref sur le sujet, disons que ton grand-père semblait vouloir remercier la nature d’avoir été si généreuse avec lui. Quand il est venu me voir à la maternité et qu’il t'a vu lors de ton premier bain, il a été très ému. Très. Je crois qu’en toi il se voyait en quelque sorte. Et vous voir tous les deux vous promener nus quelque fois a déclenché des crises de fous rires dont tu n’as pas idée. »

« Je peux imaginer. Mais bon ça l'a beaucoup moins gêné que moi, lui! »

« C’est certain, mon chéri. »

« Mmm... »

« Ton grand-père avait une autre passion La Poésie. Ca je sais que tu le sais... tous ces livres, tous ces recueils chez ta Grand-Mère. Il en a écrit des pages... Des kilos de textes. Il disait que quand il faisait corps avec la nature que l’inspiration lui venait le plus."

" Il a écrit ? Mais ils sont ou ces textes ?"

" Ta grand-mère a tout brûlé à son retour d’Afrique. Seule. Tu sais ça a été très dur pour elle. Du jour au lendemain, cet homme qui l’avait aimée avec passion, qui l’avait façonnée en quelque sorte. Cet homme n’était plus, et même son corps avait été enterré en Afrique. Seule, toute seule elle s’est retrouvée. Un soir ton père était allé la voir, elle refusait de venir vivre avec nous, au moins quelques temps. Quand il est arrivé, il a vu qu’elle dormait paisiblement dans sa chambre. Il vérifié que tout allait bien dans la maison est revenu pour repartir d’un coup comme ça en m'ordonnât d'appeler les secours sur le champ ! Elle avait pris des cachets, caché les emballages vides, et a été sauvée inextrémis.

Quand elle a été mieux, il lui a remis les idées en place. Je n’avais jamais vu ton père dans un tel état de colère. Je crois qu’il lui a parlé comme son père sans doute l’aurait fait. Il a beaucoup parlé de toi, du besoin que tu aurais de connaître ta grand-mère et du lien qu’elle serait entre son défunt mari et du tout jeune enfant que tu étais à l’époque. Au final ta grand-mère s’est accrochée à la vie et surtout à toi. Tu es devenu son second mari, d'une certaine façon."

"Je comprends mieux en effet, mais..."

" J’y viens mon chéri.... La mort de ton grand-père tout comme l’homme qu’il a été, a quelque chose d’unique...

Cette année là, tes grands parents avaient décidé de partir en Afrique, en Ethiopie très exactement. Le séjour devait durer 2 semaines. On était tous ravis de les voir faire ce fabuleux voyage. Ils avaient prévu de passer 3 jours au Kenya aussi et c’est là que c’est arrivé. Ils sont partis avec leur canadienne, et se sont installés près de Lamu, sur la côte Est du pays. Au bord de l’Océan Indien. Ce jour là, ton grand père était dans une forme éblouissante.... »

« Je peux prendre ton sucre mon chéri ? Merci »

« Vers 15 heures, ils se sont installés tous les deux sur la plage, dans le plus simple appareil. Le coin étant sauvage, ta grand-mère était a plusieurs mètres du rivage, où ton grand père déclamait des vers à tue tête. Il marchait au bord de l’eau, nu... et levait ses bras vers le ciel. Ta grand-mère lui faisait des signes au loin. Tout se passait bien.

A l’époque, l’expansion touristique n’en n'était même pas à ses balbutiements, faune et flore étaient intactes.

Ta grand-mère s’est allongée sur le ventre, et s’est endormie pour quelques instants, pensait-elle.

Ce qui suit, est ce qui nous a été affirmé par les services de la police locale. Et tout porte à croire que c’est la vérité.»

Je regardais ma mère avec un intérêt grandissant.

« A l’époque, quelques groupes d’éléphants sauvages vivaient encore dans cette région laissée à son état originel. Rarement, on les voyait approcher les côtes, où l’activité humaine se faisant cependant grandissante.

Ce jour là, une femelle éléphant, apparemment rejetée par sa communauté errait seule. Il semblerait que les déclamations de ton grand-père aient éveillé la curiosité de l’animal, qui a quitté la végétation plus haute pour se diriger vers l’océan.

Elle aurait vu ton grand-père seulement, ta grand-mère était cachée par les broussailles. Ton Pépé faisait face à l’horizon, à la grande étendue d’eau devant lui...

Quand tout d'un coup l'éléphante a chargé... Alfred, lui, criait son amour de la nature à la Nature à ce moment là, auquel s’ajoutait le bruit du rouleaux des vagues, et ne l’aurait pas entendu venir. Il a était totalement surpris. Une seconde après c'était fini.

Il est mort sur le coup.

Quand ta grand-mère s’est réveillée, la nuit avait commencé à tomber. Elle n’a pas vu son époux. Elle l’a cherché et cherché. Elle su que quelque choses était arrivé, quelque chose de grave. Elle est retournée à la tente dans la pénombre, pensant l’y retrouver. En vain.

Tu peux imaginer la nuit qu’elle a passé, à l’appeler, à entendre des bruits, pensant à chaque fois qu’il s’était perdu ou pire noyé!

Au petit jour, elle est retournée vers la plage et a trouvé ce qui restait de ton grand-père. Il a fallu ensuite qu’elle retourne seule vers la ville. Elle a fait face toute seule à toutes les démarches. Le bureau des Affaires Etrangères nous a contacté. Ton Père est parti là bas en état de choc. Après concertation on a tous décidé de faire enterré ton Pépé dans le cimetière local. En toute simplicité.

Les services vétérinaires, nous ont dit, qu’il est fort possible que ce soit une femelle éléphant qui ait chargé par amour ! Une sorte de pulsion sexuelle, liée a à son état d’abandon de ses propres congénères l'aurait poussée à se diriger vers Alfred. Le chef de la police nous a fait comprendre aussi avec beaucoup de gêne, que les attributs dont la nature avait doté ton grand-père auraient pu d’une certaine façon accélérer le rythme cardiaque de l’animal. .. sous l’effet... d’une...euh... d'une excitation ».

J’ai explosé dans mon café !

« Tu veux dire que.. »

« Oui, une sorte de pulsion sexuelle a étreint l’éléphante, qui s’est jetée par pulsion sur ton grand-père, qui est mort sur le coup. »

« Pauvre Pépé, et pauvre Mémé. Ca a du être horrible pour elle... »

« Étrangement, elle n’aurait pas pleuré, et ton père l’a trouvée très bien à son arrivée la bas. Elle tout gardé pour elle, jusqu’à son retour et l’épisode des cachets... »

« Et pendant toutes ces années, vous ne m’avez rien dit ? »

« Tu sais c’est pas facile à raconter, et c’est tellement énorme comme histoire. La presse locale Kenyane a raconté de cet accident, qui a eut un écho jusqu’ici.... »

« Et l’éléphante ? »

« C’est à cause des empreintes sur le sable qu’on a pu dire qu’il s’agissait d’un pachyderme de sexe féminin. On ne l’a jamais retrouvée. Sauf que deux semaines plus tard, à une cinquantaine de kilomètres plus au sud, le corps d’un éléphant de sexe féminin a été retrouvé... apparemment le décès était dû à une sorte d’épuisement... l’animal se serait laissé mourir... une sorte de dépression, sans doute causée par un choc affectif.

Voilà tu sais tout mon lapin. »

« Maman ! »

« Si je peux plus t’appeler mon Lapin maintenant... »

Ce soir là, je me suis retrouvé nu dans la savane, chassé par une nuée de femelles éléphantes qui me criaient leur amour et l’envie que je sois le père de leur progéniture.... au loin j’entendais un chant... Une sorte de mélopée quasi inaudible. Sans doute mon grand-père qui m’encourageait à courir plus vite !

17/10/2005

8- Mon ZiZi dans "Voici"

Madame Michtrul.

Madame Michtrul, c’est un peu comme  le fromage sur la pizza, l’oxygène dans l’air, ou la colle à l’arrière des timbres…. Une fois qu’elle est là, elle est là pour toujours.

Madame Michtrul est arrivée dans notre vie en 1987. Elle a emménagée en face de chez nous avec Monsieur Michtrul. Dans la vie elle ne travaille pas Madame Michtrul, faute de temps… car  elle caquette. A plein temps.

Elle caquette du soir au matin, de lundi au dimanche, hiver comme été. J’ose espérer que pour rester fidèle à elle-même  elle caquette aussi dans son sommeil, histoire de ne pas casser le mythe. Et quand  elle caquette, elle caquette sur tout, et quand je dis tout, c’est tout…

Au début on trouvait ça original avec les parents de savoir que Monsieur X. avait des mœurs légères voir ultra light et que Madame Y. trouvait à Monsieur Q. des charmes extrêmes (tu m’étonnes !). Remarquez que Monsieur Q. qui était veuf depuis peu,  avait bien le droit de s’amuser avec Madame Y. On appris aussi par Madame M. (comprenez Madame Michtrul) que le soudain changement de statut marital de Monsieur Q. n’était sans doute  pas du qu’a la simple opération Saint Esprit.

Deux mois  plus tard on en pouvait plus de Madame Michtrul, sous ses faux airs d’humilité elle trouvait toujours un moyen de débarquer pour le café, pour nous apporter une tarte, ou proposer à Maman de l’emmener au marché. Daddy il l’a vite surnommé « la Mère l’Oie », et on a fini par vivre à son rythme à  elle.

Exemple ordinaire :  belle journée, un dimanche si possible, on déjeune sur la terrasse. Elle attaque :

« Bon appétit … »

« Merci… »

« Quelle belle journée… il fait un temps à déjeuner dehors ». (Finaude avec ça!)

« C’est agréable, on en profite »

« Oh je vois que vos lupins ont grandi, comme ils sont beaux »

« Ah… merci »

« Et vos rosiers, quelles merveilles »

« ……… »

« A propos, je vous ai apporté le dernier catalogue « Fleurs et Jardins », tenez prenez-le je l’ai en double »

Et hop ni vu ni connu, elle est à table avec nous. Encore un dimanche de foutu. Et Monsieur Michtrul lui, pendant ce temps il doit faire une sieste, peinard, heureux comme tout. Au calme.

Madame Michtrul a été une révolution dans notre vie. Il y a un avant et un après. Et l’après semble interrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrminable !

Pour Madame Michtrul il y eut  aussi un avant et un après dans sa vie de femme au foyer. Un jour elle a découvert « Voici » le célèbre journal que personne n’achète mais que tout le monde lit.

Et voila que du jour au lendemain la Mère l’Oie s’est pris de passion pour la vie des Stars et surtout de leurs déboires. Remarquez le point positif c’est qu’on a beaucoup moins entendu parlé de Messieurs X. Y. Z. et Q., exit aussi Madame Y (et pas pour cause d’un éventuel décès de cette dernière)…  Sujets obsolètes, déjà has been car trop communs.
On s'est fait à l’idée que comme une verrue sur un visage Madame Michtrul serait toujours là et qu’elle ne changerait pas, voir que ça empirerait…. Et on n’avait pas tort.

Car en plus de son intérêt pour les célébrités, elle se dénicha une nouvelle passion dévorante : moi !

Misère, misère…. Ca a débuté après mes études, quand j’ai commencé à bosser. Elle ne savait pas trop ce que je pouvais faire dans la vie pour gagner ma croûte. Surtout qu’on brouillait les pistes le plus possible, en sachant qu’un jour elle finirait par savoir, et que ce jour là ce  serait le début de la fin. Evidemment elle a capté le stratagème, et quand elle a su qu’il m’arrivait de côtoyer ces gens dont elle voyait la vie privée étalée dans sa bible a parution hebdomadaire, ça a été Noël pour elle et le jour du Jugement Dernier pour moi.

J’avais beau lui dire qu’il ne fallait pas croire ce qu’elle avait pu entendre dire sur mon compte, mais non, plus je disais ça, plus elle était sur d’être tombé sur le Messie. Au secours !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Pendant des mois, voir des années j’ai été ensevelis sous des centaines de questions, sur la vie de machin avec truc,  de bidule avec chose… et pas une fois devant mon désarroi elle n’a désarmé. Une teigne, je dirai même plus : un morpion tchernobilisé Madame Michtrul.

Un jour elle nous a présenté Nicole sa nièce venue d’une lointaine province pour s'installer chez elle le temps de finir ses études. Nicole, c’est sa tante en adolescente. Futée comme une buse, c’est dire. Une mémoire d’éléphant, des yeux de fouine, des jambes de flamant rose, et un rire de hyène. « La Fête Sauvage » de Frédéric Rossif à elle toute seule. Elle aurait aussi été un excellent sujet dans la feu émission "Caméra au Poing" de Christian Zuber (mon émission favorite quand j’étais tout gosse. Pour les connaisseurs.)  Et que pour l'occasion je baptiserai volontiers  en "Poing dans Sa Gueule, avec la Caméra".

« Bonjour, quelle belle journée. Je vous présente Nicole ma nièce. »

« Bonjour  Nicole » fait le  chœur désabusé en retour.

« Bonjour Messieurs, Madame. Quel beau jardin, quelles belles fleurs vous avez. Oh quels beaux lupins …. » (Impression de déjà vu)  tout sa tante ça promet! Et rebelote les voila a table à prendre le café avec nous.

« Tu sais que B. ma chanteuse préférée, elle a en fait un Q.I. dément. » me dit-elle.

« Ah »

« Ben, Tata elle m’a dit que tu fréquentais les vedettes toi ? »

« Faut pas croire tout ce qu'on dit »

« Ouais mais Tata, tout ce quelle dit sur les vedettes, c’est écrit dans le journal. Comme quoi elle a ses sources  ma Tata."

Je vais la bouffer cette petite conne. Pis non, pas envie d’être malade. Quand c’est pas frais, c’est pas frais !

Avec le temps on s’est fait à ce voisinage. Daddy comme toujours  se taisait. Il avait cette capacité incroyable mon père de pouvoir être là et pas là a la fois. Remarquable don, qui lui permettait de supporter pendant des heures des sujets de discutions ou des personnes rasantes au possible. Maman elle, c’est surtout les nerfs qui prenaient. Je me rappelle un dimanche, elle m’a emmené déjeuner dehors.  On a laissé Daddy à la maison, tout content qu’il était de pouvoir bricoler. Nous on était sûr que les deux harpies seraient là à notre retour. Un super  après midi avec Maman, c’est là qu’elle ma parlé de l’accident de Pépé en Afrique (voir le "Nem de Noël" partie 4) et quand on est revenu vers  17 heures on avait gagné notre pari. Les deux oies étaient  en train de siroter une limonade sur la terrasse, seules. Ca jacassait a fond  tandis que Papa rafistolait une énième fois cet après-midi là, la chasse d’eau des toilettes.

« Vous voila, chers voisins. L’après midi a été bon ? »

« Euh… oui très »

« Pour nous il a été excellent. Quelle homme charmant votre mari. Et habile de ses mains en plus. Une merveille cet homme là. Je serais vous je le laisserai pas trop seul. Les perles de cette qualité là ça court pas le bitume vous savez ! »

Je pouvais voir Maman prête a bondir, mais trop bien élevée elle a respiré un grand coup. Je lui ai passée la main dans les cheveux.  Pas d’effet.  Toute énervée elle a été pendant une semaine Maman.

Un beau jour la Mère l’Oie a changé de tactique afin d’en savoir plus sur ses héros de papiers glacé et sur moi-même, en attaquant fort :

« Mais dis-moi mon petit. T’as jamais eu d'histoire avec une petite Starlette toi ? Juste comme ça. »

Je t’en pose moi des question  sur ta vie privée avec Monsieur Michtrul ?????

« C’est vrai, on te voit jamais ramener de jolies jeunes filles par ici. Toujours tout seul. Un grand garçon comme toi. Avec toutes ces stars…. C’est tentant non ? »
Je vais la broyer !!!!

Hop, maman passe une main dans les cheveux et réponds tout de go :

« Je vous aurais cru plus fine chère Madame Michtrul. N’avez pas vu dans un numéro du mois dernier  mon grand fils en photo en bonne compagnie. »
 
Stupeursss et tremblementsssss.
« Ahhh bonnnn ? » Quoi madame Michtrul aurait comme voisine une lectrice accroc de  secrets de stars. Qui l’eut cru !

« Je ne voulais rien dire, pour ne pas paraître prétentieuse vous savez…. Mais il est venu l’autre soir tard, manger avec elle. Une gentille fille. Et intelligente en plus. Rien à voir avec les bruits qui courent sur elle. Et puis, beaucoup mieux en vrai qu'à la télé. C'est surprenant.  Vraiment surprenant.»

« Ah bon!!!????!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!………………… C’est qui?………………………… C’est qui ??? ?????????????»

« Et moi... je trouve que ses nouveaux seins sont si bien faits…. Tenez Nicole qui voudrait avoir les mêmes, devrait lui en toucher deux mots…. »

« Ah bon c’est vrai……  c’est qui ? C’est quiiiiiiiiiiiiiiii......... Allez dites-moi qui c’est… »

« On a promis de ne rien dire. Elle est toujours mariée. Je veux dire séparée.  Pas libre officiellement. Vous avez ce que c’est, on pourrait jaser sur son compte. Vraiment une fille aaaaaaadorable. Tenez elle était assise juste là ou vous êtes. Si je vous dis qui c'est et qu'elle l'apprend, elle voudra plus revenir. Ce serait dommage pour Nicole. Vous savez les seins!!»

Brillantissime

On a cru qu’elle allait avoir un spasme la mère Michtrul.

«Quel numéro c’était, quel numéro ? Le mois dernier vous dîtes. Pourquoi vous avez rien dit.»

« Je ne sais plus. Celui du début du mois… Je pensais que vous l’aviez vu cette photo et que votre discrétion vous empêchait d’en parler. Vous savez… pour ne pas nous gêner. »

5 secondes plus tard, des « Nicole !!! » s’élevaient autour de la maison voisine. Le café fut excellent ce jour là.

Trop géniale ma mère. Un strike magnifique.

On l’a plus revu pendant 10 jours la mère Michtrul. Elle à du passer à la loupe la moindre photo parue dans son journal adoré, même les pages publicité on du avoir droit à une  autopsie en règle. En vain bien évidemment.

Presque  2 semaines après cet épisode, elle a débarqué avec  un appareil numérique dit de poche. On ne se demandait même pas pourquoi. Mais elle a n’a posée aucune question. Nous non plus. Quel silence….  Elle a presque été charmante ce jour là, l’appareil devant elle, a le tripoter sans cesse. Prête à saisir le moindre scoop.

Les jours qui suivirent maman avait l’impression d’être épiée quand elle fermait les volets le soir.

C’est clair que Madame Michtrul devait nous en vouloir, de nous avoir joué ce petit tour. Et elle devint plus agressive dans ses propos…

Elle décida de frapper fort….

Rituel habituel, dimanche après midi. Il fait beau, tout gazouille autour de nous y compris Madame Michtrul et  la délicieuse Nicole… Scènes habituelles d’un dimanche gâché.

Quand Nicole lance :

« Savez-vous  que Tom Cruise est pédé ! »

Ma pauvre petite des comme ça on en entend tous les jours. T’as pas autre chose de plus frais à nous proposer.

« Il se sépare de sa femme, par ce qu’il a couché avec un acteur gay. Tout le monde en parle sur le net ».

Nous on s’en fout mais alors ROYALEMENT.

La Mère l’Oie l’a joue choquée, avec un petit sourire narquois signifiant: vous avez vu le genre de scoop qu on a nous ! Et tac !

Nicole d’ajouter :

« De toutes les façons il parait qu il a un tout petit zizi, c’est pour ça qu’il est homo. »

C’est pas possible d'être aussi conne. Elle n’a que 16 ans…. Toute une vie de pétasse devant elle. Le bonheur.

Moi je lisais mon journal quand elle m’envoie :

« C’est comme toi en fait …»

¼ de millième de seconde, et Maman qui explose de rire dans son café. Ca éclabousse partout. Daddy qui se met à tousser comme si il avait avalé de travers et moi je suis prêt à la déchiqueter sur place,  la conne… sur place et  vivante !

Jamais Madame Michtrul n’avait vu une de ses « news » avoir un tel effet sur nous. Se pouvait-il  qu’elle tienne vraiment un vrai scoop ?

Couverture à venir au choix  -  rédactrice en chef : Madame Michtrul.

1- Tom Cruise est pédé !
2- Tom Cruise est pédé et a un petit zizi !
3- Tom Cruise est pédé, a un petit zizi et moi aussi j’ai un petit zizi !
4- Tom Cruise est pédé a un petit zizi tout comme moi,  et je suis pédé aussi !
5- J’ai un tout petit zizi !
6- J ai un tout petit zizi et je suis pédé !

Sans nul doute elle a du opter pour la version 4.  La NEWS DU SIECLE. Avec en sus (pour les plus gourmands!)  mon petit zizi prenant la pose. On les gâte trop ces lecteurs!

Je réponds :

« Et ça te cause un problème…  tu ferais mieux de réviser tes cours au lieu de jacasser… comme toujours ».

« Ah ah… on est touché… c’est donc qu il y a de la vérité dans l’air… C’est ça, t as un petit zizi comme Tom Cruise et t’es gay comme Tom Cruise…. Ce qui explique que t’es jamais paru dans Voici toi, avec une Starrrrrrr… Tu vois je sais tout ! »

« Quoi tu sais tout ? Tu sais rien.  Tu passes ta vie a vouloir connaître celle des autres, t’as aucun centre d’intérêt aucune personnalité… aucune culture… tu crois toutes les sornettes que tu peux entendre, et surtout tu te fait des films sur tout…  Que  Tom Cruise soit Pédé ou pas, qu’est ce que tu veux que ce lui fasse à Tom Cruise que tu le saches. Et qui sait,  on sort peut-être ensemble lui et moi, je vais te dire un truc; Il est dans ma chambre et il se repose après la nuit qu'on a passé.   Et une dernière petite chose pour ce qui est de la taille de mon zizi, tu reviendras me sonner quand t’en auras vu un vrai… Quoique, ça ne m’étonnerais pas plus que ça que tu connaisses déjà le sujet bien à fond, si tu vois où je veux en venir ! »

Et tac !

Bonheur intense. Joie. Volupté.
La la hi hou….

Un Ange passe. Vitesse supersonique.

« Si tu crois que ça me touche ce que tu me dis là. Tu dis que tu bosses avec des stars, mais on en voit jamais nous des stars ici.  Jamais. Pas une. T’es qu un mytho avec un petit zizi et homo en plus… »

« J’ai jamais dit que je bossais avec des stars moi… Mais t’as quoi dans le crâne, une omelette  norvégienne trop longtemps exposée au soleil ! T’es incapable de dire quel est mon métier…  Tu brodes tout toute seule… Comment tant d’imbécillité peut sortir d’un seul cerveau ? Comment ? Dieu seul sait comment ! » (Merci tata !)

Elle se démonte pas. Elle pleure pas. Aucun effet sur elle mes propos.

Elle du cran la  petite garce.

Le  Q.I. d’une pince a linge. D'une pince à linge à cran.

Elle se lève pour aller aux toilettes. Pour aller chouiner ?  
Sans doute pas.

Nous quatre on se regarde, Maman me fait un clin d’oeil, Daddy se cache derrière sa moustache, la Mère l’oie regarde vers le ciel sans dire un mot, je sais qu’elle jubile…. Moi je rage. Et là me vient une idée extraordinairement extraordinaire. Je vais le faire. Pour la première fois de ma vie je vais le faire. Je vais oser l’inosable.

« Je vais chercher de l’eau fraîche. »

Je rentre à mon tour  dans la maison et je vais me poster devant la porte de toilettes, ou plutôt à  trois mètres de la porte des toilettes, histoire  que l’on puisse bien me voir entier.  Je baisse mon pantalon et mon caleçon. Et j’attends….

Deux  minutes plus tard, à résonné dans le quarter un cri strident….. percutant, inoubliable… j’ose dire jubilatoire à mes oreilles… un cri que je pourrais définir comme … celui d’une oie qu’on égorge* !

Merci qui ?

Merci  mon ZiZi !

Et  re-tac !

Parfois rien n’est plus efficace qu’un bon rappel à l’ordre, histoire de remettre les choses à leur place, et couper net le colportage  de  poncifs d’une extrême stupidité.

* je tiens à préciser que j'aime trop les animaux pour imaginer égorger une oie en vrai.

10/10/2005

7- E.T. à la Piscine

Je l’avoue, je n’ai jamais été très doué en sport Pas intéressé pour être honnête. Moi, j’ai toujours été un solitaire rêveur. Le simple fait de savoir qu’à plusieurs on va courir après un ballon ça m’ennuie. En outre, j’ai découvert pendant mes mémorables 3 jours (à l’armée) qu’apparemment je souffre d’un problème de relief dans la vision… ce qui explique pourquoi au hand ou au tennis je touche jamais une balle, et pourquoi je vois pas mon ZiZi comme tout le monde. Non que je passe des heures à le regarder, mais bon des fois on pas le choix. Surtout que le mien il adore ça  faire des surprises pour ne pas passer aperçu.

En Sport, le pire, ce n'est pas d’être continuellement choisi en avant dernier  (Ouf !) quand on fait les équipes, mais la douche collective. J’ai jamais aimé ça être tout nu, bien que j’ai déjà fait du naturisme (chez moi dans ma chambre), mais pour la bonne raison que les mecs ça se mate toujours  sous la douche. C’est un rituel de mâles. C’est un truc de dingue, la virilité de l’adolescent est jugée sur sa capacité à prendre la douche avec ces potes. Et l’air de rien tout le monde compare le mobilier, et ce, pas toujours discrètement. En  1ère, il y  avait un garçon, style « lourdaud de tout premier choix » : fallait toujours qu’il crâne par ce que « Papa » avait un nouvelle voiture, ou par ce que  « Papa » avait payé à toute la famille un voyage en Californie pendant les vacances de Pâques. A vouloir en faire des tonnes, il rasait tout le monde. Il ne venait pas toujours au sport, pour je ne sais quelle raison, mais un jour après une séance de rugby,  il s’est dirigé vers la douche devant tout le monde et là sous la douche, il a gagné ses galons de mâle. Dès le lendemain des murmures sur ces qualités centimétriques envahirent la cour de récré et le foyer, et en quelques jours il devînt une sorte de coqueluche locale, pour les filles comme pour les garçons. Intéressant et affligeant à la fois.

Pour ma part, je trouvais toujours une bonne raison pour éviter  l’épreuve de la  douche. Primo parfois je n’étais même pas sale. Impeccable mon maillot de rugby, et les crampons, on pouvait presque se voir dedans tellement ça brillait.

Cependant, malgré le fait d’être une bille en sport j’étais très fin tacticien. Je savais toujours où le receveur du ballon allait renvoyer ce dernier, mais avec mon problème de relief  (que j’ignorais à l’époque) je n’arrivais jamais à intercepter cette fichue balle. GRRRRR !

Même si ma compagnie sportive n’était pas très appréciée de mes copains, j’en avais quand même pas mal, par ce que de nature assez cool j’irradiais une sorte de mystère. Souvent seul, ne sortant pas, ne fréquentant aucune bande j’avais déjà ma vision très personnelle du monde que parfois j’évoquais devant les yeux ébahis de mes congénères. Et pis je faisais du théâtre, et ça  ça en étonnait beaucoup.  J’étais un extra-terrestre.

E.T. C’est moi !

Néanmoins  je restais un pauvre type en sport, une sorte de boulet… et un fantôme pour ce qui était de ma présence dans les douches. Je n’en ai jamais prise aucune au collège ou au lycée. Trop fort. Pas toujours très agréable, je le reconnais, mais trop fort quand même. Les sports de glisse par contre éveillaient chez moi un certain intérêt, je ne les pratiquais pas, mais je les regardais à la télévision. Ca me plaît bien la glisse. Quels jolis sports de Solitaires : le ski, le surf, le snow-board…

C’est l’automne, je suis en première et cette année là le prof de gym nous annonce que la natation est au programme et qu’un mini championnat inter lycées de ma ville aura lieu au printemps, et que tous filles et garçons participerons - TOUS.

Bof !

La natation, pourquoi pas, c’est déjà mieux qu’un championnat de foot.

On a commencé l’année par faire du foot bien évidemment, un calvaire, puis fin novembre  on devait commencer les entraînements de natation. Bingo, voilà que le dernier jour de foot, je me retrouve goal – on m’avait mis là car les gars de l’équipe étaient super forts, donc aucun risque que le ballon vienne me narguer et mettre l’équipe en danger.  Comme je trouvais le temps long, j’avais décidé de m’agripper à la cache des buts par les mains et à me balancer, un peu comme faire des étirements. Manque de bol, la dite cage s’est rabattue sur moi, sur mon crâne exactement. Trou noir. J’ai fini à l’hôpital à subir un encéphalogramme. 1 semaine d’absence de cours et  plus de sport pendant 2 mois et demie. Le bonheur ! L’extase ! Le paradis ! J’aime le foot, enfin !

Les résultats des tests ont été plus que positifs, mais mes parents on paniqué. Mes 2  Mémés sont venues me voir tous les jours, ainsi que mes potes de classe. Moi j’étais ravi. Plus de gym, plus de vestiaire, plus de douche pendant presque 3 mois. La la la hi Hou !!!!!!

Mais 3 mois ça passe vite, très vite, trop vite parfois. Je me suis donc retrouvé fin Mars cette année là à assister un beau mardi après-midi au championnat de natation des 4 lycées de mon coin. Pour être exact, je faisais plus que regarder, en effet comme tous les autres élèves de première je devais participé aux diverses courses. Les docteurs  avaient donné leur accord, avec enthousiasme même. NONNNNNNN !

En fait, comme j’avais pas participé aux entraînements et sans doute par peur que je finisse encore à l’hôpital suite à une noyade, on m’avait dit que je pourrais m’asseoir sur les gradins en survêt avec un maillot de bains dessous ou cas où, mais que sans doute je ne ferai rien d’autre ce jour là.

Merci Seigneur, d’avoir écouté mes nombreuses prières.

Mes divins remerciements ne durèrent guère. On approchait de la grande course de l’après-midi le relais  nage libre à 6 nageurs.  Hélas, trois fois hélas, notre champion local, notre meilleur nageur, notre Jésus à nous  avait eu la riche idée d’aller se cacher dans le vestiaire des filles faire son cador. Enfermé dans une des cabines (ben vi, les filles elles avaient droit à des cabines, nous pas !) il grimpait sur le banc pour se hisser et admirer la vue. Ce petit rituel, marchait bien apparemment, mais patatras, ce jour là c’est la face cachée de Madame Staëner (la prof de gym des filles) qu’il avait sous les yeux, et celle-ci s’en étant aperçu lui infligea comme punition de ne pas nager la dernière course avec l’accord de mon prof de gym, qui peu enchanté tourna son regard vers moi.

« Non, non, non, hors de question m’sieur ! Je peux pas nager… Je...J’ me suis pas entraîné moi… Prenez quelqu’un d’autre. »

« Impossible, chaque participant doit nager deux fois maximum, et tous les gars ont nagé 2 fois. Il ne reste plus que toi, ou nous sommes disqualifiés. Je suppose que tu ne veux pas disqualifier ton Lycée. Fait de ton mieux, c’est tout ce que je te demande».  Long  soupir. Le sien de soupir. Moi je suis amorphe.

Pourquoi ? Pourquoi Seigneur, me faire subir cette épreuve, en plus le jour ou les gradins sont bondés d’adolescents surexcités. POURQUOI ?

Tous les nageurs de mon lycée me regardent. Je ne peux que me lever et sourire niaisement.

Pourquoi moi ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi ?

Je me lève, me dirige vers les plots, et enlève mon bas de jogging et mon t-shirt. Je me tiens timidement parmi les autres nageurs. Rapidement on me briefe. Je vais nager le dernier. Moi j’aurais préféré nager le premier, histoire d’en finir au plus vite, mais les positions des nageurs avaient été prédéfinies et ne pouvaient pas  être modifiées. Comme je remplaçais notre Johnny Weissmuller, je prenais aussi sa place dans le relais, la pire : la dernière.

Ça y est, la course a commencé. On a la ligne d’eau numéro 1, juste devant les gradins. On est 6 par équipe, il faut faire deux longueurs. 50 mètres en tout.

L’ambiance est déchaînée, tous les profs de gym sont heureux de nous voir si impliqués dans ce premier « championnat inter lycée ». Evidemment c’est tombé sur mon année !

Ça crie, ça siffle…  Les filles sont hystériques, les mecs hurlent des insultes pour déstabiliser les autres équipes.
Et moi je sens que je vais m’évanouir, me noyer. Et personne ne viendra me secourir tellement je vais les décevoir.
Les secondes filent, les nageurs aussi. Dans mon équipe les gars se donnent à fond, pour rattraper leur handicap final : Moi.

Tout le monde crawle, très bien en plus… le dernier nageur avant moi vient de monter sur le plot. Il y a de l’électricité dans l’air.

Madame Staëner est au micro, elle se croit en finale des Jeux Olympiques. Avec son fort accent Alsacien, elle se donne à fond, commente tout avec une énergie incroyable. C’est pire que les jeux du cirque.

Pourquoi moi ?

Le nageur a finit sa première longueur,  revient vers moi. On est en tête, on a même de l’avance. Ils se sont donnés à fond les gars,  pour me laisser de la marge.

Je suis tétanisé. Je tremble, je me tiens épaules baissées, les bras tous flasques, les mains jointes. Le juge de la course me fait signe de monter sur le plot. C’est obligatoire, sinon disqualification d’office. Le nageur se rapproche, encore et encore. Je monte sur le podium.

« Derniers nageurs…. Quelle belle course mes enfants, quelle belle course… allez les petits ! » Hurle Madame Staëner.

Ça y est mes deux pieds sont sur le plot. Ca va être à moi de plonger dans  moins de 5 secondes. Je me redresse….
Et là d’un coup. Je deviens sourd. Etrange sensation que de devenir sourd d’un coup. Pourtant le clapotis de l’eau, je l’entends bien lui.

Depuis que je me tiens tout droit, dans mon maillot de bain bleu ciel, c’est bizarre mais tout le monde c’est tu. Même le micro a rendu l’âme.

En une fraction de seconde, je sais que c’est à cause de moi. Et que ce n’est pas le silence  respectueux de la foule,  devant l’apparition de son Idole. Non ce silence là, c’est le silence de la surprise, du questionnement, de l’incompréhension. Comme il a fallu que j’écarte les mains pour me mettre en position du plongeur… forcément ils et elles ont vu, ce que je m’efforçais de cacher depuis des années et surtout depuis les 5 dernières minutes.

Pourquoi moi ?

Ce silence est incroyable. Même ceux qui nagent en sont perturbés certains perdent le rythme de 3 temps de leur crawle.

J’essaye de me focaliser sur les abîmes du bassin.
Au micro j’ai juste le temps d’entendre « Ca c’est de la saucisse ! ».
L’horreur. Quand le mot saucisse me parvient aux oreilles dans une clarté sonore idéale, je pénètre dans le liquide javellisé. Ouille, c’est froid ! En plus je me prends un plat. Evidement.

Pourquoi moi ?

Ma tête sort de l’au, et là je me mets a nager en brasse…. Une, deux, une, deux, j’avance, je glisse sur l’eau… Je m’accroche à ma colère… et je fonce…. Je suis un requin près à bouffer quiconque se mettra sur mon chemin.
Dehors c’est toujours le silence. C’est drôle, j’ai quand même le temps de penser. Et devinez à quoi je pense. Plutôt à qui.

Mon ZiZi.
 

Au lieu de lui en vouloir, je m’accroche à lui. Il m rend fort, et je fonce, je fonce…. Je fends l’eau à moi tout seul…Ca y est je touche le bout du bassin. Déjà ?  Je fais un demi tour minable, pas comme les autres qui savent faire ça comme des pros.

« Allez, allez, allez… » Je m’encourage…. Faut que je me batte. Je suis peut-être nul en sport, mais j’adore la compétition. Bizarre. C’est excitant…

Je suis tellement concentré que j’entends mes  propres « allez » très distinctement. Surréaliste !
En fait c’est tout mon lycée qui m’encourage… Incroyable, je suis toujours en tête…. En tête moi ????!!!!????
Sur les gradins, c’est la folie. On hurle mon prénom… J’entends des brides des mots.  Y a même des « saucisse » dans l’air. C’est  Madame Staëner qui se donne à fond elle aussi.

Je sens que les autres nageurs se rapprochent. Je force. J’ai mal partout. Je ne vois rien. Une, deux, une deux… Mon souffle est rythmé à la perfection… je suis un poisson, le plus petit  poisson de la création, mais le plus rapide de tous les temps… Mieux je suis l’eau elle-même, je suis un atome d’eau.

Mon Zizi et moi, on est liquide dans le liquide… On est chez nous !

E.T. est rentré à la « MAISON » !
E.T.  vient forcément d’une planète toute faîte d’eau,  c’est forcément ça ! Ça explique son aspect tout fripé.

Les nageurs reviennent, je vais me faire doubler, c’est couru d'avance (ou plutôt nagu d'avance).Je n’entends plus mon Prénom, ça y est je les ai déçus…. Je me suis fait rattrapé c’est sûr…  Fini les acclamations…. Je suis un gros nul…

Pourtant je sens que l’on m’encourage toujours… C’est dingue à tout ce que je peux penser  dans ce moment d’effort si intense. C’est comme si un autre nageait à ma place. Je me dis même qu’il faudra que je téléphone à Maman de Daddy ce soir, pour son anniversaire. Dingue !

« Saucisse, Saucisse… Saucisse t’es le meilleur » C’est moi qu’on encourage. Madame Staëner, a mis au diapason tout le public. Tout ça à cause de mon ZiZi. Et pour une fois c’est top.

Et là, incroyable je suis hissé hors de l’eau sous les délires fantasmagoriques du public. J’ai touché le bord, j’ai touché, le bord… J’ai gagné…. Gagné !

Les gars de mon équipe me portent, je suis un Héros…. Les filles hurlent des « Saucisse » hystériques.
Il n’y a même pas une seconde entre moi et tous les autres nageurs. Mais j’ai gagné. On a gagné. Même si  pour moi c’est avant tout une victoire personnelle.

Jamais je n’ai marqué un seul but en sport d’équipe. Si  une fois, contre mon propre camp, c’est dire. Je me souviens de ma joie croyant avoir marqué contre l’équipe adverse, et la facilité avec laquelle j’avais accomplie ce miracle. Et que dire du regard emplie de tristesse et de gêne de mes coéquipiers quand je m’étais retourné en criant de joie : « But ». Un grand moment de solitude.

Mais là, mais là c’est le bonheur… l’hallali… Même mon prof de sport est venu me voir.

« Alors là fiston, tu m’a scotché. Bravo… j’aurais jamais cru que tu avais une telle… »
Il parle de quoi au juste là ?

« … une telle hargne. Tu vois qu’y a du vainqueur de ce grand échalas ! »

« Fiston », j’avais eu droit au respect ultime venant de sa part. Fiston !
J’étais devenu sportif.

Dans mon fort intérieur, je savais que ce respect n’étais pas dû qu’a ma miraculeuse performance. Il y avait comme une sorte d’envie qui planait dans l’air. Tout d’un coup j’avais gagné mes galons de mâle, mais  je me doutais bien que mon colocataire y était pour quel que chose.

Après les embrassades et les merci de toutes sorte : tapes sur l’épaule, bisous, signes de la main, clins d’œil (c’est fou le nombre de clins d’œil que j’ai eu ce jour là. Des filles et des garçons. A croire qu’un début de conjonctivite aiguë foudroyante  avait envahit l’assistance).

Finalement, le sport quand on gagne c’est génial. J’aurais pu transporter l’Atlas à mon tour ! J’étais content d’avoir découvert ça. Ca me changeait pour une fois.

Une demie heure après cette finale extra-terrestre, nous avons eu une petite cérémonie de remise des médailles. La totale. Nous 6, on est monté les tous derniers sur notre Olympe, et quand ce fut mon tour de saluer le public. Il y eut un vent d’hystérie.

Je levais les bras au ciel, comme Jupiter saluant d’humbles mortels.
A ce moment là. Un silence de plomb est tombé.

Encore !!!?????

Pourtant j'y bien remis mon bas de survêt, et je ne viens pas de marquer un but contre mon propre camp.

Je suis innocent votre honneur!
Pourquoi moi, encore ?
Pourquoi ?

A ce moment  là j’ai regardé vers mes pieds et j’ai vu…

J'ai vu, mon jogging  tendu à l’extrême, comme une canadienne impeccablement montée.
Apparemment, l’occupant de la tente, tenait lui aussi à recevoir ses hommages !

Pourquoi moi ?
Pourquoi maintenant ?

Trop la honte.

E.T veut rentrer « MAISON ».

01/10/2005

6- Le Nem de Noël

- 4ème partie et fin - "Pas L'Afrique!"
Quand je pense que mon cerveau de moineau avait tout zappé. Au fur et à mesure que Maman racontait cette mésaventure, tout me revenait : la terrible machination des filles, l’arrivée des femmes de l’agence immobilière, le flash du polaroïd, et notre départ à Maman et à moi de la Boutique de Mireille Mathieu.

Curieusement, la boutique a trouvé acheteur très vite et en quelques semaines les chanteuses sont parties vers d’autres scènes. Je me demande ce qu’elles sont devenues. Sont-elles mariées à présent. Se souviennent-elles de cet événement ? Mystère.

"Le Maudit" fit donc son apparition de dessous la table en ce jour de Noël 2000. Maman par ce geste rompait sa promesse. Elle m’envoya un baiser. L’impératrice rouge était surexcitée. Se pouvait-il qu’elle ait tout compris aux mimes de Maman. Où bien était-ce là l’étrange intuition féminine en action.

L’invitée royale, tourna les pages du « Maudit » avec admiration et me scruta avec un sourire grandissant, en me faisant signe avec son index, comme si elle me grondait. Voulait-elle me signifier par là que je n’aurais pas du lui cacher un tel trésor ! Oups !!!!

Heureusement Mémé eut envie de faire pipi et je l’accompagnais jusqu’à la salle de bains de la chambre des parents, ce qui nous fit une petite ballade. Au retour elle me supplia à nouveau de ne pas partir en Afrique. Vivement ce soir, que je me couche moi !

Retour au salon, ça y est Maman a fait copine-copine avec sa future belle-fille. Cette dernière ne cesse de pousser des HOOO et des HIII HIIII… en faisant des gestes comme pour mesurer un espace vide de taille conséquente. J’ai trop honte.

Papa est en train de tasser sa pipe, l’air de rien, mais je vois bien sous ses moustaches un petit sourire, comme d’habitude.

Quand soudain Maman décolla le calque de protection d’une des pages de l’album et enlevant une photo en fit apparaître une autre. Un polaroïd. Oui celui là (auquel je n’avais jamais repensé non plus.) Le polaroïd que les Antiraks avaient fait, et que Mireille avait confisqué, et ma mère récupéré pendant que moi je mettais une éternité à descendre les escaliers.

« Je peux bien vous la montrer, on est de la même famille à présent ! » venait d’ajouter Maman.
Un énorme « Tohnnnnnnnnnnnnnnnn » se fit entendre. La petite chinoise venait de découvrir un Goldorak de 10ans en tenu d’Adam, et me regardait comme un assoiffé une oasis dans le désert.

« Maman ! »

« Oui je sais mon chéri, mais bon elle t’ a bien déjà vu tout nu cette petite, non ? »

« Maman !! »

« Bon, si ce n’est déjà fait, je te ferai remarquer qu’elle n’a rien contre. Et grâce à qui ? Grâce à ta Maman, qui te fait tout le travail. «

« Maman !!! »

A ce moment là Mémé s’est levée a crié « Pas l’Afrique », nous stupéfait on s’est tournés vers elle. Et bloum, elle est tombée raide sur la table. La catastrophe.

Les pompiers sont arrivés, ils ont emporté Mémé avec eux – infarctus mineur à ce qu’il paraît – Papa était tout retourné, on aurait dit un petit enfant tout perdu. C’était pas drôle. Maman a gardé son calme, la plupart des invités sont partis, d’autres on nettoyé et rangé toute la vaisselle. Nous on suivi le véhicule rouge vers l’hôpital. Décidément Fleur de Lotus aura eu la totale coté « J’ai participé à un Noël français typique ! ».

On a bu cafés sur cafés dans la salle d’attente. Papa a fait les 400 pas un millier de fois. Maman lui tenait la main quand il se décidait à venir s’asseoir à coté d’elle. Elle lui passait la main dans les cheveux. C’est vraiment son truc ça à ma Maman "la main dans les cheveux". Je me demande si c’est un truc de mamans ou si c’est un truc bien qu'à elle? Ca marche à tous les coups. Moi ça me calme terrible et apparemment Papa aussi. – Les tifs, c’est aussi sans nul doute la zone érogène la plus développée chez moi – Je précise que j’ai bien vécu ma période Oedipienne. Si, Si !

En milieu de soirée, le docteur est venu nous dire que mémé avait tenu le choc, qu’elle serait évidemment un peu plus affaiblie dans le futur mais que sa vie n’était pas en péril. Et là j’ai vu papa s’effondrer dans les bras de Maman, et Maman l’entourer de son affection et, lui caresser les cheveux, comme à un bébé, comme à moi quand j’étais en panique, enfant. C’était beau.

On a eu droit à voir Mémé juste quelques minutes Elle dormait. Elle avait l’air calme. Maman avait autorisée la Petite chinoise à nous suivre. Très discrète elle était restée en retrait. Je me demande ce qu’elle a pensé de tout ça. On s’est tous mis le long du lit de Mémé. Papa lui a caressé la main. On a tous pleuré, fleur de Lotus aussi.

« Elle n’ a pas arrêter de me demander de ne pas partir en Afrique aujourd’hui » ai-je dit tout bas.

« Tu sais bien comme elle t’adore. Tu lui rappelles tellement le Pépé, ton grand-père. C’est normal. »

Moi j’ai pas compris pourquoi Maman a dit ça. Je l’ai pas trop connu ce grand père là. Il est mort quand j’avais 5 ans, c’est tout ce que je sais. On en a jamais parlé, et quand j’ai posé des questions à son sujet, on m’a toujours fait le coup du « le petit chat est mort ».

« Il est mort en Afrique » a dit maman.

???????!!!!!! Ah bon! première nouvelle ça !!!!???!!!

« Un accident tragique »

???????!!!!!! Ah bon! Deuxième nouvelle !!!!???!!!

A ce moment là Maman m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit.

« Je t’expliquerais. C’est quelque peu incroyable, mais je te dirais ce qui s’est passé. Maintenant mon Lapin je vais faire quelque chose d’un peu embarrassant pour toi, mais je le fait pour Mémé. Pour elle quand elle se réveillera tout à l’heure. Ca devrait la faire sourire. Elle comprendra qu’on pense à elle, que tu penses à elle. »

« Oui - ??? » dis-je

Maman a sorti de la poche de son manteau le polaroïd de Goldorak tout nu (« Mon Dieu « pensais-je.) Je l’avais jamais vu cette photo de malheur. Et elle le posa sur la table de nuit contre le mur à coté de Mémé.

Pourquoi faire ça ? Pourquoi à ce moment là ? En quoi voir son petit fils de 10 ans tout nu pourrait remonter le moral de ma mère-grand ?

« Ca être signe guérison dans pays à moi » à alors dit L’impératrice rouge.

Putain elle parle vachement mieux que je croyais moi. C’est une espionne ou quoi. Et c’est quoi cette tradition très malsaine de mettre des photos de petit garçons tous nus prés de leur Mémé mourante pour les guérir ????

« Faut toujours mettre gros Nem à coté malade, pour donner force à Esprits de Guérison ».

« ??? Voila que mon ZiZi est devenu un Nem maintenant !!! Grrrr ! Peut-être qu’elle en a envie de mon Zizi mais de là à vouloir le bouffer comme une vulgaire entrée asiatique. Manquerait plus que les feuilles de menthes et la petite sauce aigre-douce ! GGGGGRRRRRRR ! »

L’infirmière venait de rentrer.

« Je crois qu’il faudrait la laisser se reposer au calme à présent Messieurs Dames. »

On a commencé à faire demi tour quand elle a rajouté.

« Ne vous inquiétez pas, avec un Nem pareil à coté d’elle les Esprits de la Guérison vont retrouver toutes leur forces, très vite, j'en suis sûre».

Trop honte, j’ai trop honte. Je me suis retourné vers elle tout doucement. Elle m’a regardé en souriant béatement.
Maman m’a passé la main dans les cheveux. Et on est sorti, et on rentré à la maison. Dans la voiture on aurait pu entendre une puce rôter. Quand soudain, la perle de Chine a dit :

« Pas vous inquiéter Monsieur Madame, avec ce Nem de Noël à coté d’elle, Mémé guérir très vite. Esprits avoir beaucoup à manger et être très forts. Hiii Hiiiiii ! »

C’est ainsi que ce Noël là naquit la légende familiale du Nem de Noël, pour le plus grand plaisir de Maman. Papa lui sourit et il me semble qu’il a dit tout bas « Tout comme son père… »

Malheureusement un an plus tard alors que Mémé avait retrouvé son appétit gargantuesque, Papa commençait sa bataille contre le nénuphar qui lui mangeait les poumons. Les derniers mois Le Nem de Noël fut posé près de lui mais le miracle ne se reproduisit pas…

Mais ceci est une autre histoire…

26/09/2005

5- Le Nem de Noël

- 3ème partie - "Les Antiraks Passent à l'Attaque"

Les filles de la demoiselle d'Avignon étaient plus âgées que moi et donc forcément plus au fait des choses de la vie que le pauvre zozio que j'étais. Je dois dire que tout chez moi est naïveté. J'ai toujours eu tendance à voir le bien plutôt que le mal et à croire quiconque me conte une histoire... Evidemment je me suis fait roulé dans la farine plus d'une fois. Pauvre ZoZio!

Il se trouvât que ces deux créatures, perverses et surtout pas innocentes du tout avaient eu vent de l'aventure de la sucette à CloClo et voulurent vérifier si ma sucette à moi était bien réelle; et pour ce avaient imaginé un petit plan digne de Madame la Marquise de Merteuil.

Il fut décidé que nous jouerions au docteur et que je devais être le malade. Et quel malade! Atteint d'une varicelle fulgurante je devais me déshabiller et me mettre sur le lit de la chambre. Les deux doctoresses devant prendre des photos afin de répertorier cette maladie contagieuse pour prévenir le voisinage. Le polaroïd était prêt, moi pas.

"Pourquoi je dois me mettre tout nu moi?"

"Par ce que tu es malade et qu il faut te soigner, et pour ça on doit prendre des photographies de ta maladie"

"Oui mais pourquoi tout nu? Moi je veux bien enlever ma chemise mais pas mon bermuda"

"Ben si tu dois enlever ton bermuda et ta culotte, car t'es malade, et nous on est les docteurs. C'est notre métier de soigner les gens. Et des gens tous nus on en voit tout le temps."

"Non! Je me mets pas tout nu moi, encore moins devant des filles. Et pis je sais bien que vous êtes pas des docteurs moi."

"Ecoutes soit tu joues à notre jeu, soit tu pars sans goûter. Et si tu te laisses faire après le goûter tu feras le docteur, et nous les malades"

"Et vous vous mettrez toutes nues vous?"

"Bien sur, si on est malade on obéit au docteur nous."

"Bon d'accord, mais on le fait dans le noir pour aujourd'hui et si vous le faîtes aussi après, la prochaine fois on le fera pas dans le noir. Et pas de photo pour cette fois." ...Eh, éh pas fou que j'étais.

Pour me rassurer elles me dire même qu'elles sortiraient de la chambre et frapperaient tout doucement 3 fois pour dire qu'elle allaient rentrer, pour me permettre de m'allonger dos à elles le temps qu'elles referment la porte. Et qu'alors je devrais obéir aux ordres de l'Ordre médical.

Tout me semblait correct. Le piège, lui se refermait.

Le marché fut accepté. Le noir fut fait en fermant les volets et en tirant les rideaux. Sheila et Sylvie sortirent pendant que je m'étais placé près du lit et je commençais à enlever mes sandales et doucement ma chemise. La lumière quasi estivale de l'extérieur laissait se deviner les formes des meubles. J'avais décidé de toutes les façons de me cacher l'entrejambe avec les mains. Sans doute un réflexe humain, pour ne pas dire masculin. Instinct de sécurité primale sûrement.

Ca y est. J'étais tout nu dans la chambre des filles. Sur le lit, mes affaires au bout. Les yeux ouverts, fixant le plafond. Perplexe.

"Je m'en fiche, elles peuvent rien voir, j'ai mis les mains." pensais-je.

Il y avait cependant un détail que je ne connaissais pas et qui causa ma perte ad vitam eternam ainsi que mon expulsion du fan club de la variété française. Mireille Mathieu avait décidé de vendre son commerce, sans doute pour partir en tourneée au Japon!!!!

Et ce jour là, un samedi après-midi elle avait donné rendez-vous à deux dames d'une agence afin de venir expertiser sa boutique, l'appartement adjacent et le petit jardinet prolongeant l'arrière boutique. Moi je n'étais pas au fait de ces affaires de grandes personnes, mais les deux démoniaques soeurs, elles OUI.

Et pendant ce temps j'attendais nu comme un vers, le dessus lit qui me grattait les fesses. Je plongeais presque dans un demi sommeil. Pas de bruit. Silence.

J'entendis au loin la sonnette de la porte d'entrée de la boutique, des "bonjours" réciproques puis des appels "Sylvie, Sheila... vous pouvez descendre une minute. Maman à besoin de vous. Juste pour une minute mes chéries."

Les pas des démons résonnèrent dans l'escalier. Elles étaient descendues dans la boutique. Je pouvais baisser ma garde. Je me mis à compter les Golgoths que j'avais détruis grâce à Goldorak. Mes mains faisaient des grands gestes dans le vide sidéral.

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7... 10 Golgoths ces dernières semaines, sans parler des Antiraks... Mon esprit était ailleurs. Le noir de la pièce me transportait dans l'espace, loin d'Euphore ma planète que j'avais du quitter précipitamment à cause de...

La porte était ouverte. Click. La lumière allumée.

Un cri, d'un coup. Puis un autre, d'un coup. Puis un autre, d'un coup.

Plus d'une seconde. Plus d'une seconde cela m'a pris avant de comprendre qu'il faisait jour, que je n'étais pas dans l'espace et que 3 Golgoths me faisaient face. L'air tout aussi surpris que moi ces Golgoths!

Je me levais d'un bond. Penaud. Tout nu qu'il était Goldorak. Tout nu devant l'ennemi!

3 nouveaux cris bien plus fort cette fois surgirent. Doublés d'un crépitement et d'un rapide éclair.

"Le monstre. C'est... c'est.... Mon Dieu" avait repris le choeur des robots.

Deux Antiraks avec un sourire énorme derrière les Golgoths, tenaient un polaroïd à la main en vainqueur.

"On a une photo. On a une photo".

Puis tout est allé très vite. Une paire de claques pour les Antiraks.

Mireille n'y va pas de molo! Polaroïd confisqué. Tout le monde dehors. Porte refermée aussi sec.

"Mais Maman, c'est lui qui a dit que..." avaient tenté Sheila et Sylvie. En vain.

"Je ne veux rien savoir. Rien. Allez dans le salon. Pas un mot."

"Tu remets tes vêtements. J'appelle ta maman. On t'attend en bas."

Elle avait pas l'air de rigoler Mireille. Je ne comprenais rien. Moi j'avais rien fait de mal. C'est pas moi qui voulais jouer au docteur.

Je mis a peine quelques secondes pour m'habiller et plusieurs minutes pour descendre l'escalier. De longues minutes.

Quand enfin je passais le rideau de perles de la boutique, je vis Maman. Le clan des chanteuses et les deux Golgoths que je ne connaissais pas se tenaient près d'elle. Je regardais mes sandales. Je les revois encore à présent.

On est sortit avec Maman. On a dit au revoir très vite. Puis je me suis retrouvé dans la 4L verte, derrière Maman. On est rentré en silence. Et la vie a continué à courir le long du fleuve tranquille...

                                                                                                                                                       à suivre...

25/09/2005

4- Le Nem de Noël

- 2nde partie -   "Les Filles de Mireille Mathieu"

Maman avait raconté cette aventure oubliée à toute vitesse, doublant chaque parole d’amples gestes. On aurait dit un albatros sur son terrain d’envol. Moi j’écoutais d’une oreille  – Mémé s’accrochait à la seconde en me demandant sans cesse, si j’allais l’abandonner pour partir vivre en Afrique - ???!!! –

C’est quand je me suis retrouvé au lit ce soir là que les brides de la discussion que j’avais suivi au déjeuner  firent leur effet, et réveillèrent chez moi des images de cet épisode ziziesque navrant. A y repenser, Maman avait super bien mimé les événements…

Printemps 79’, je viens d’avoir 10 ans. La vie est belle, je cartonne à l’école "à l’aise Blaise", je gagne très souvent aux billes à la récré, c’est moi qui pilote Goldorak et vi! et j’ai trouvé une nouvelle boulangerie avec cette fois Mireille Mathieu à la caisse ! Je sais, je sais… toutes ces stars avec leur double vie… Remarquez Mireille elle est plus cool que Cloclo, elle me donne toujours des ronds de réglisse quand je vais la dévaliser. Elle n’a pas de grosses sucettes Mireille, pas grave maintenant que j’ai mon premier appareil dentaire je peux plus mâchouiller du sucre comme avant, ça colle partout. Pas CHOUPER ! 

Mireille Mathieu avait une paire de fille, Sheila et Sylvie  - je vous jure que c’est vrai ! 12 printemps pour l’une et 13 pour l’autre. La blonde ressemblait à la brune et inversement. Toujours fourrées ensemble ces deux là. Elles habitaient  dans le coin de l’école, mais allaient dans un établissement privé. Mireille Mathieu avait sa réputation à tenir, Sylvie et Sheila se devaient d’être à la hauteur des exigences de leur maman. On n’a pas tous une Star comme maman. Le papa lui conduisait des gros camions à travers le monde – les Goldorak des routes ! Mon rêve – et pointait le bout de sa calandre que très rarement.

A force de me voir tous les jours, je devins copain avec Sheila et Sylvie. Un jour elles me dirent que j’étais leur Joe Dassin rien qu’à elles. Maintenant que j’y repense je crois savoir pourquoi – mes pattes d’éph  étaient tout aussi  moulants que ceux du vrai.

Un jour, je fus invité à un après midi "Aventures", par les deux chanteuses. Cabanes, jeux dans les arbres, chasse au trésor… tout un programme en fait. Maman fut Ok pour me déposer chez Mireille Mathieu, me rappelant d’être bien sage et courtois avec ces dames, de bien dire « merci » et « s’il vous plaît ». Une tarte aux prunes d'Algérie dans les mains, je débarquais dans la boulangerie. Tout ma mère ça! Je vais chez une boulangère, et hop elle me fait porter un gâteau. Heureusement que j’apportais pas un disque en plus.

Bref, ni une ni deux… je rejoignais les deux filles, en prenant bien soin de dire combien j’étais content d’être invité à leur Maman, qui semblait préoccupée. Sans doute une tournée mondiale en préparation ou un show des Carpentier sur le feu !

Sylvie et Sheila étaient déchaînées… ni une ni deux, elles décidèrent de faire de moi un otage  obéissant à leur moindre désir. Bonne pâte, je m’inclinais, à la condition qu’après le goûter on inversât les rôles… Tu parles, un sale coup se préparait en coulisse… et je ne vis jamais le goûter ce jour là !

3- Le Nem de Noël

- 1ère partie -   "L'Impératrice Rouge"

C’est le  Noël de l’an 2000. Le premier du 3ème millénaire, ou le dernier du précédent. J’ai jamais rien compris à ces histoires d’intervalles entre deux piquets en classe de math, alors pour ce qui est des siècles, voir des millénaires c’est encore pire. 1515, c’est en 1515 mais au 16ème siècle !!! Un bonheur pour un anti-matheux comme moi.

Ce Noël là je m’en souviens car c’est le dernier avant que  Papa ne commence ses séances de chimio. On le savait pas, lui non plus. On était heureux, ensemble, Maman, Daddy, la Maman de Daddy et toute la compagnie des repas de famille. Maman avait eu la riche idée de faire un Noël du monde pour reprendre ses mots. Comme un acharnée elle avait cuisiné une myriade de plats venant de tous les horizons. Du Sud un Tukasu, de l’Ouest un gâteau Pandan, du Nord un Kjötsúpa, et de l’est des Nems.

De mon coté, j’avais accepté de recevoir une copine d’une copine, qui venait  passer 2 mois en France. Pas farouche j’avais dit oui. Elle venait de Chine, une fille « carte postale ». Peau délicate, petits yeux rieurs, odeur de jasmin. Elle suivait de cours d’architecture dans le coin, doublés d’une histoire d’amour a tiroirs, dont je n’ai jamais rien compris.

Je l’avais installé dans le bureau, au milieu de mes bouquins, et de mes gris-gris. Passage obligé  vers ma tanière j’essayais le plus possible de lui rendre le séjour agréable. Maman avait été folle de joie de savoir que pour ce Noël là, son grand dadais  était allé jusqu’ à amener avec lui une perle d’asie. Une vraie. « Toi aussi tu te fais ton Noël du monde » m’avait-elle dit. Grrrrrrrrr !!!!!!

Ma touriste avait acceptée l’invitation – à ma grande surprise ! - ravie apparemment d’une immersion totale dans une famille Française dont elle pourrait découvrir les coutumes, avec évidemment le sacro-saint repas de Nöel à la Française : dinde, bûches et tutti quanti. Quand je pense que quelque part en Chine des gens pensent que le repas de Noël de chez nous est un mix de plats inimaginables. Merci maman pour ta collaboration  au rayonnement planétaire de la culture  culinaire française.

On devait être une bonne dizaine à table, la Chine avait eu droit à la place de l’invitée suprême à droite de Maman, elle-même en bout de table. Papa lui faisant face, l’œil rieur comme à l’accoutumée.

A peine étions-nous tous  deux arrivés, que l’on parlât mariage avec sans doute 2 célébrations: l’une en respect de la religion de ma future épouse - je vais me marier moi ???? - l’autre catholique. Maman voulue savoir si le blanc était la couleur du mariage en Chine, afin de ne pas engendrer une faute diplomatique. Papa était déjà sur le net, budgétisant un tarif aérien de groupe… Moi je me laissais tripoté par la mémé qui me restait. Elle perdait un peu la tête mais avait encore un coup de fourchette tout bonnement hallucinant. Autant de nourriture dans un corps aussi frêle, j’aurais du mieux suivre mes cours de biologie et de chimie pour comprendre cet autre mystère de la nature dans la famille.

Le Hic pour eux, c’est que la merveilleuse petite poupée chinoise ne captait rien. Pas un mot de français. A part les mots d’usage les plus courants. Quel bonheur, ne comprenant rien, elle ne serait suivre les récits de mes aventures  contées par maman. Je dis  de mes aventures, mais je devrais plutôt dire de celle de mon ZiZi !

J'avais supplié Maman de ne pas sortir le Maudit. En fait on avait fait un marché, je rappliquais avec la perle de Chine en échange de la non-apparition du Maudit pendant toute la journée. Ni à l’apéritif, ni pendant le repas, fromage, dessert, café compris, ni pour le digestif et encore moins pour le thé, pour les plus courageux.

Bien sur, je n’avais pas précisé que la mystérieuse inconnue ne parlait pas la langue de Barjavel. Malin le filou.

Maman fut déçue de ne pouvoir communiquer aisément avec sa bru, mais trouva cela charmant au final, en total adéquation avec son idée de Noël du monde. Quoi de plus génial que de parler avec les bras, les mains, faire des mouvements de dingues pour expliquer que la chasse d’eau est bloquée, que Papa est parfois un peu obsédé, et que mémé bouffe comme  l’armée impériale chinoise dans ses meilleurs jours.

Moi je n’imaginais pas que ce nouveau langage entraînerait le récit incroyable d’une aventure ZiZiesque à jamais oubliée. Sans doute sous l’effet du choc avais-je préféré effacer ce souvenir  nauséabond.

Souvenir qui fut  raconté dans les moindres détails, mais qui me sembla n’être pas vraiment compris par l’invitée royale. Jusqu'à ce qu'elle-çi interjeta (je l'aime ce verbe là) un mémorable aaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhh doublé d'un incroyable ooooouuuuuuuuhhhhhhhhhhhh quand le Maudit fit son apparition magique de sous la table...

à suivre...

 

 

14/09/2005

2- La Sucette à Cloclo!

8 ans. Je devais avoir 8 ans. Non 9, c'est l'année ou Cloclo a fait la plus belle pub pour EDF et les risques du mariage d'une ampoule et des pieds dans l'eau. Tu parles d'une campagne instutionnelle de choc, et d'une efficacité monstrueuse avec ça. Moi, je l'aimais bien Cloclo, avec ces sourcils épilés à mort. Je dis ça par ce que la boulangère à coté de l'école, elle avait la tête à Cloclo. Je vous dis pas comme on la regardait tous après la disparition vers d'autres campagnes publicitaires de notre chanteur national. Avant on la regardait en biais, et  on se foutait d'elle, comme des sales gosses, mais aprés... aprés le départ de l'élu rapellé vers les cieux, on se demandait si en faît Cloclo il était pas notre boulangère désirant une vie pèpère - euh... mèmère plutôt ! (le syndrôme Princesse de Galles avant l'heure quoi!)- loin du disco, de Karen Cheryl et de Casimir. C'est simple, en boulangère il nous terrifiait Cloclo.

N'empêche qu'il m'a bien eu Cloclo, même deguisé en boulangère. La honte de ma vie qu'il m'a fait!

Après l'école et l'étude, souvent avant que maman passe me prendre devant la cour de l'école avec sa 4L verte, je fonçais tout berzinc vers la boulangerie avec mes petites économies. Je kiffais grave les sucettes, pas les chupa-chups, mais d'autres plus grosses, que j'ai jamais vues ailleurs d'ailleurs! Elles étaient de bonne taille, assez larges, et le bout était plutôt plus gros que le reste. Vachement collantes, je les croquais à une vitesse incroyable pour finir par machouiller comme une vache folle de bonheur la gueule pleine d'une herbe faîchement verte.

Pas de bol, ce jour là maman était déjà devant l'école quand je deboulais de l'étude. Elle est cool ma maman car elle m'a dit de poser mon tan's (les connaisseurs comprendrons) sur la banquette arrière et que je pouvais aller faire un hold-up chez la mère Cloclo. Elle croyait pas si bien dire!

Y avait un monde fou ce soir là chez Cloclo. A croire qu'on était pas les seuls à savoir qu'il était pas trepassé le chanteur mal aimé. Je me suis faufilé vers le comptoir, ou j'ai pu mettre la main sur une sucette géante, mais manque de bol j'ai glissé et me suis vautré sur le rebord du comptoir, tout en poussant une dame qui perdit son équilibre et voulant s'agripper à n'importe quoi pour ne pas se fracasser sur la caisse enregistreuse n'a rien trouvé de mieux que de poser une grande main dans le fraisier posé a coté de la caisse et de son autre paluche embarquer mon pot à sucettes.  Pot qui n'était fixé à rien, tout comme le fraisier. La dame fixée à rien elle non plus en fin de compte à fini par glisser jambes écartées, les bras en croix, avec à droite une main-fraisier, et à gauche l'autre en pot a sucette vide. Mes sucettes adorées volant de tous cotés. Mazette le bordel!

 

Ca à crié, chouiné un peu, mais bon personne n'a été bléssé, et personne n'a été accusé de quoi que ce soit, juste que notre Cloclo avait trop de fans dans sa boutique. Moi j'avais aidé à ramasser les sucettes, et les ayant remises dans leur pot - toutes- et le pot à sa place je m'apprétais à sortir de là, histoire de se faire discret quand Cloclo m'a interjecté (on venait d'apprendre ce verbe à l'école se jour là. Ben si c'est vrai!).

Une voix d'homme, une voix de ténor qu'elle avait. Le Cloclo il aurait mieux fait de faire dans l'opéra peut-être.

"Dis petit, t'es sûr d'avoir remis les sucettes dans le pot?"

La main sur la poignée, la clochette clochetant toujours.

"Oui madame".

"Toutes?"

"Oui madame".

C'était beau la politesse en ce temps là.

Prenant ses fans à témoins.

"Ca à peur de rien ça Madame. En prison ça va fiinir. Oui jeune  homme, en prison".

Silence radio!.

"Ecoutes petit, tu la reposes la sucette que tu as pris et on oublie tout ça. Mais tu me donneras le teléphone de tes parents. De toutes façons tu es à l'école d'à coté. J'irais voir ta directrice demain."

Je suis à deux doigts de rejoindre le vrai Cloclo. Peut-être que je pourrais devenir un CloClo-boy au paradis. J'irais forcément au paradis, je suis qu'un gamin, et pis je suis innoncent. Un innocent aux mains vides..

Je réalise alors que je suis le seul homme dans la boutique. Toutes les dames me regardent, toutes ont l'air de me dire la même chose. C'est pas beau de mentir. Rend la sucette que tu caches si mal.

"J'ai pas pris de sucette madame"

"Et menteur par dessus le marché. Mais que font les parents de nos jours. Si c'est pas honteux, de voir des gamins avec un tel aplomb. La main dans le sac, et il..."

La porte s'ouvre, c'est Maman. Super. Non pas super.Si super - j'ai rien fait moi.

"Ben alors mon chéri tu fais quoi, je t'attends moi. Faut arrêter de rêver mon lapin, j'ai le dîner à preparer tu sais.

"Et voila la mère" chantonne Cloclo.

"Excusez-moi?" fait ma Manman.

"Votre petit lapin, a volé une sucette, chère petite madame. Pris la main dans le sac il refuse de reconnaitre les faits. Et ce devant témoins. devant plusieurs témoins chère petite madame."

Maman prend un temps, regarde tous les yeux désormais tournés vers elle, puis me fixe, me désahille du regard. Et explose d'un rire magnifique, fort,et splendide. Je suis sauvé. Pourquoi, comment,  je n'en sais rien mais jes suis sauvé j'irais pas en prison. Youpi!

"Et vous trouvez ça drôle. Mais quelle jeunnesse avons-nous. Si c'est pas honteux".

"Et où pensez-vous que mon fils ait caché cette mysterieuse sucette ma chère grande madame?" demande maman.

Des murmures et des ricanements se font entendre.

"On ne voit qu'elle madame" rétorque la tenancière.

Mais de quoi elle parle? Je n'ai rien fait. Rien volé. Rien.

"Apprenez que ça " dis maman tout en me tournant et m'exposant à la foule aux yeux tous dirigés vers mon entrejambe. "Ca madame, c'est bien une sucette, mais elle est à mon fils, à lui seul. Je peux vous le promettre, et je le sais d'autant plus  que cette sucette c'est moi qui l'ai faîte et ce pendant 9 mois. A votre place, je recompterais vos sucettes dans le pot, et d'ailleurs n'en est-ce pas une que je vois sous votre meuble la bas?"

En effet la sucette manquante avait glissé sous le congélateur des glaces. Comme quoi Cloclo avait en tête le compte exact de toutes les marchandises exposées.Impressionnant.

Sur ce  ma mère me passa une main dans le cheveux en ouvrant la porte.

"Viens mon chéri,  je t'offre une glace à deux boules avant de rentrer, ça vaudra bien une sucette!" (maintenant que j'y repense, quelle drôle de récompense, et si singulièreusement exposée!!!)

Une fois dehors, je dis à maman, "je te jure que j'ai pas caché une autre sucette sous mon pantalon".

"Je sais mon chéri, tu es tellement mignon, je t'adore"

Alors j'ai commencé à pleuré d'un chagrin sincère.

Elle m'a fait un gros bisous sur le front, pis elle a ajouté "Je sais bien mon coeur", pis elle a sourit et moi j'ai encore plus pleuré!

Le soir même j'ai cassé en deux mon unique disque de Cloclo, et j'ai plus jamais sucé de sucettes géantes, en tout cas pas aussi géantes que celles à la mère Cloclo.

 

à suivre..

 

13/09/2005

1- Le Maudit

De mes jeunes années, peu de souvenirs. Il reste les photos, les premiers Noël (le Papa Noël était mon idole, j'ai encore mon disque de Tino Rossi avec le livret..). Et dans tous ces albums  enpoussiérés, il y en a un que l'on ressort chaque année, même souvent quand je débarque accompagné, le dimanche en fin de matinée. Je dis "on", je devrais dire "eux" voir "elle", maman!

L'album "Le Maudit" comme je l'appelle, celui qui en son sein porte mon jeune engin. Et ma mère si fière de le montrer, mon père s'en fout un peu, bien que parfois il ajoute en quittant le salon... "tout son père, à part que moi  il est bien plus gros".... là, il prend son temps... et ajoute "mon nez"!

Il adore faire ce coup là, et moi à chaque fois je me fais tout petit.. si, si...

J'ai bien essayé de le détruire ce maudit album. J'avais dis à ma mère, "tu devrais me passer les albums photos, j'ai acheté un scanner... pratique et pas cher pour faire des doubles". Elle m'a regardé, un sourire a commencé a pointer... "tu crois vraiment que tu vas m'avoir avec tes nouvelles technologies?", "Maman je t'en prie... tu peux pas continuer à m'exhiber à chaque fois qu'on fait un gros dîner. J'ai ma pudeur. Marre de voir mes roubignoles et les reste exposés au monde comme la Joconde au Louvre"!

No comment, juste un gros bisous sur mon front.

Putain, merde je suis plus un gosse. Je suis un homme. Un homme. J'ai ma dignité. Moi.

Mais que faire face à un gros bisous sur le front. J'ai jamais pu m'enerver avec mes parents. Et pis en bout de course, je reconnais que j'ai pas à me plaindre. Mais bon quand même! Ma dignité!

Ce qui est drôle, c'est que quand j'arrive tout seul, le Maudit n'est jamais montré. Rien, nada, zéro pointé. Mais à peine je suis accompagné, par une copine, une collégue (ben vi ça arrive) voir des potes.. laaaaa... le Maudit est préparé, bichonné, astiqué... prêt à être deployé, tourné, retourné re-déployé.

Pourtant, on n'y voit qu'un bébé, moi à 1 jour, moi a 2 jours, moi à 3 jours.. Le plus étrange étrange c'est les positions que l'on m'a fait prendre. A croire que je vivais dans un cirque tellement j'étais souple (rien à voir avec now!). Et biensûr ma mère n'y est pour rien. "C'est toi qui te plaçait comme ça, mon chéri". Ben tiens!!!!  c'est sûr, c'est moi qui ai eu l'idée de m'allonger le fesses sous l'obectif avec comme horizon unique  mon petit ensemble 3 pièces, on voit même pas mon visage ni ma tête pendue dans le vide, en arrière. Et Papa de rajouter, "remarque fallait que tu trouves ton equilibre; avec un tel équipement pas evident, ...et, je sais de quoi je parle, ...tout son père!"

"Papa...;;!!!!", " Quoi papa? c'est la nature. t'aimes pas la nature toi?"

"Papa!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!"

Je m'entends encore lui dire mes "Papa" exasperés. Mon cher Papa qui nous a quitté l'an passé. Mon Cher Papa.

Du coup, l'album a disparu. Je l'ai plus revu. C'est plus lui "Le Maudit" mais cette salope de maladie qui m'a pris mon Daddy! C'est vrai quil 'était plus gros le sien et de loin. Un sacré pif qui l'a mon père (je t'ai eu Papa).

Je l'ai cherché depuis l'album, y a une photo de moi pendu par les pieds par mon géniteur faisant les gros yeux de la  surprise. Encore un numéro de trapèze involontaire. C'est simple, on dirait un éléphant faisant le singe. A part le sujet, elle est terrible cette photo. Je crois que Maman l'as mis dans le cercueil avec Papa. En attendant de le revoir surgir (l'album, pas Papa) - quoique je veux bien me ballader avec des photos de moi à poil même collées sur ma voiture a vie si il revient - (j'espère qu'il à branché son appareil auditif là ou il est!), je me dis qu'il est avec lui et qu'il le feuillette de temps à autres, hitoire de dire  une bonne fois pour toutes qu'il en avait un bien plus gros lui...de ZiZi!

à suivre...